11h02 : « Une fermeture de Doel 3 aurait un impact immédiat »

Rédaction en ligne

jeudi 09 août 2012, 13:49

Une mise à l'arrêt totale de Doel 3 remet-elle en question le plan de fermeture du gouvernement ? L'électricité coûtera-t-elle plus cher ? Joan Condijts a répondu à vos questions

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour révéler l'information ?

C'est un rapport français qui constatait également la présence de microfissures sur les cuves de ses centrales qui a amené la Belgique à revoir son cahier des charges et à procéder à de nouvelles inspections. C'est comme ça qu'est apparu le problème aux autorités de sûreté.

Mais il faut rassurer les riverains. La situation actuelle ne présente pas de risque car les combustibles nucléaires ont été retirés et immergés dans des bassins.

Les incidents se multiplient-ils dans les centrales belges ces dernières années ?

Les statistiques ne présentent pas de hausse visible. L'accident de Fukushima a fait évoluer les choses et initié de nouvelles mesures de sécurité et de contrôle. Et le cahier des charges s'est enrichi. Mais le pays n'a jamais connu d'incident majeur.

Je rappelle d'ailleurs que pour Doel 3, il ne s'agit pas d'un accident. Les experts ont remarqué une microfissure lors d'un contrôle. L'apparition de cette inconnue a amené à prendre de nouvelles précautions.

La cuve est un élément qui pourrait être remplacé. Mais avec la fermeture de la centrale imposée en 2025, il y a peu de chance qu'un opérateur comme Electrabel veuille procéder à un investissement de dix ans.

La question qui se pose là est d'avantage économique que sanitaire.

Tihange 2 pourrait aussi être concerné par ce problème de cuve, quel impact aurait une fermeture des deux réacteurs

En hiver, période de forte consommation d'électricité, ça pourrait poser un problème c'est certain. Le parc nucléaire belge c'est 55 % de la production d'électricité totale.

Tihange 2 devrait être contrôlée en septembre, on verra si la cuve présente les mêmes anomalies que sa grande sœur d'Anvers. Une fermeture de Tihange 2 aurait effectivement un impact sur les plans du gouvernement. Ce dernier prévoit l'arrêt de Doel 1 et 2, en 2015 -2016. Il est certain que si la Belgique perd environ 2.000 mégawatts d'un coup, le gouvernement devra revoir sa copie.

Le marché de l'électricité est particulier en Belgique, pas tout à fait régi par l'offre et la demande mais il est certain qu'une pression de la demande aura à terme un impact sur les prix si l'offre disponible est moindre.

Ces événements obligent-ils à repenser aux projections faites pour 2025, à la sortie du nucléaire ?

Le problème, c'est que nous ne sommes pas en mesure aujourd'hui de remplacer cette énergie par une énergie purement verte. Il nous faudrait donc passer par une période de transition. Peut-être une période gazière. Les centrales à gaz sont très efficaces. L'éolien off shore est également une piste. Plus productive car les éoliennes y tournent presque en continu.

Il y a des projets en carton, des investisseurs prêts à proposer des alternatives. Le problème c'est que les conditions ne sont actuellement pas remplies pour qu'ils puissent les mettre en œuvre. La rentabilité n'est pas assurée pour eux. C'est toute la philosophie du plan Wathelet présenté en juillet ; donner à ces investisseurs une garantie de rentabilité minimum à court terme.

Est ce qu'on nous ment sur le nucléaire ?

C'est une industrie extrêmement sécurisée et qui donne donc difficilement accès à ses données. Tout ce qui entoure le nucléaire donne à penser qu'on nous cache des choses. Encore une fois ce n'est pas une industrie à risque zéro. Mais la plupart des fantasmes qu'elle véhicule ne sont pas basés sur la réalité.

Alicia Bourabaa (St.)