« La prise de risque des banques d’affaires est subventionnée par l’épargne »

Rédaction en ligne

vendredi 10 août 2012, 14:53

La baisse de l’épargne est-elle une menace pour l’économie belge ? « L’enjeu est d’assurer la destination de l’epargne à des créations de projets innovants et porteurs d’emplois », a déclaré Ivan Van de Cloot. Le résumé du chat.

« La prise de risque des banques d’affaires est subventionnée par l’épargne »

Quelle alternative à l’épargne ? Tant le système boursier que le keynésianisme ont montré leurs limites. (Guess.)

Ivan Van de Cloot (économiste) :

Il faut tout d’abord savoir qu’il y a plusieurs formes d’épargne. Ces derniers temps, on a beaucoup communiqué sur la croissance des dépôts bancaires, ce qui pourrait faire penser à une forte croissance de l’épargne mais il s’agit surtout d’une réorientation depuis d’autres formes d’épargne.

L’idée n’est évidemment pas de placer la responsabilité de la crise sur l’épargne des belges. Il y a simplement lieu de savoir que le revenu disponible des belges peut soit être allouer à l’épargne, soit à la consommation. Inévitablement une croissance de l’épargne aura pour conséquence de diminuer la consommation, ce qui peut avoir un impact négatif sur la croissance économique.

Une souscription des Belges à une vaste campagne de création de champs éoliens et photovoltaiques avec à la clef un rendement un peu intéressant et l’état qui en garde la propriété, est-il envisageable ? (Michel.)

oui nous avons également mis l’accent dans nos propositions de relance pour la Belgique (vous pouvez d’ailleurs le télécharger sur itinerainstitute.org) sur un investissement important dans l’économie verte. D’ailleurs, il n’y aurait pas forcément besoin d’importants subsides publiques vu le bénéfice potentiel qui pourrait en découler en termes d’économie énergétique

L’investissement dans l’efficience énergétique a une forte capacité d’auto-financement.

Les autorités publiques ne devraient-elles pas mettre en place des systèmes de fonds de placement permettant aux citoyens de financer diretement des PME. En investissant en bourse, je ne pense pas que les fonds vont à des entreprises qui en ont réellement besoin, (Chris.)

C’est sans aucun doute un enjeu de trouver les paramètres institutionnels adéquats pour assurer une transmission du crédit qui bénéficient au maximum à la création de projets innovants et porteurs d’emplois.

A ce titre, le régime fiscal qui favorise le dépôt (de manière indifférenciée) dans les banques devrait peut-être revu. Nous avons d’ailleurs proposé que cet avantage fiscal soit conditionnel au risque que prend la banque. On pourrait aussi imaginer des conditionnalités quant à l’utilisation des dépôts.

La solution à l’épargne excessive est très simple, non ? Il suffit que la BCE choisisse de cibler 3 ou 4 % d’inflation plutôt que le très insuffisant 2 %. (Olivier.)

Quant à l’inflation, le simplisme que cela pourrait présenter une solution pour notre crise de dette est très dangereux. Avec les niveaux de dettes que l’on a, cela peut créer une hausse importante des taux d’intérêts (de manière anticipative, pour se protéger du risque que présenterait l’annonce d’une inflation plus importante) qui pourrait être fatale pour une économie endettée. Par ailleurs, l’inflation redistribue également la richesse à l’intérieur d’une économie de manière arbitraire, et pas toujours juste.

Des esprits patronaux futés pourraient en déduire que les travailleurs sont trop bien payés et que l’indexation automatique des salaires génère de l’épargne. Cette propagande médiatique, incessante depuis des mois, vise à culpabiliser les citoyens et donner une impression d’incivisme collectif sur l’autel de la croissance capitaliste. (Galaxyone.)

Tout à fait, on eu tendance à culpabiliser le citoyen en l’invitant à davantage épargner sur des carnets bancaires afin de renforcer le financement des banques en difficulté, en oubliant souvant que les raisons de ces difficultés sont la conséquence du comportement des banques elles-mêmes.

C’est assez impressionnant de dire que c’est la faute des épargnants si le système économique est en danger. Le vrai problème ici sont les dérives de l’ultra-capitalisme et du néolibéralisme. Il serait grand temps de de supprimer le traité de Lisbonne, et de réguler les banques. (MichaelS.)

A ce titre, il ne faut peut-être pas non plus oublier la responsabilité des organes de contrôle bancaires. Dans un traditionnel surréalisme à la belge, nous avons maintenu des personnes en poste qui ont pourtant largement échoué à correctement juger les déséquilibres dans le monde bancaire, ce qui était pourtant leur rôle.

On se permet ici de rappeller que la Banque Nationale s’est encore récemment prononcée en défaveur de la séparation des banques de dépôts et des banques d’investissement, malgré tous les éceuils qui ont pu être constatés dans le passé.

De ce manière, on subventionne implicitement la prise de risque des banques d’affaires en leur permettant d’utiliser l’épargne des citoyens à des taux très avantageux, le risque étant mutualisé (le syndrôme too big to fail)

Il faut aussi rappeller qu’in fine, la croissance économique ne peut venir d’opérations non-conventionnelles (rachat d’obligations d’état par la banque centrale, inflation, etc.) mais d’une politique revenant sur les aspects fondamentaux qui amènent une création de valeur ajoutée (innovation, recherche, entreprenariat, etc.)

aujourd’hui, toute l’attention est portée sur les actions de court-terme qui revient surtout à créer toujours plus de liquidité pour stabiliser le système financier mais cela n’a aucun sens si l’on ne combine pas ce type de politiques avec de réelles réformes à long-terme permettant de rehausser le caractère innovateur d’une économie.

A titre d’exemple, la Belgique a seulement 11 % de création de nouveaux produits innovants, classifié comme étant « difficile à copier », tandis que ce chiffre se situe à 25 % chez nos trois voisins. Dans un monde où la concurrence copie à une vitesse toujours plus rapide les nouveaux produits, il s’agit là d’une faiblesse patente de notre pays.

Ne serait-il pas temps qu’on siffle la fin de la « récréation », c’est-à-dire cette trop longue période (qui continue) pendant laquelle les investisseurs et les banques d’investissement (et les gestionnaires de hedge funds) ont fait tout et n’importe quoi au point de risquer la faillite de tout le système bancaire qui a dû se tourner vers l’argent public pour se refinancer au point de mettre les Etats à genoux financièrement. Qui aura la volonté (et l’intérêt personnel) selon vous de mettre un terme à cette attitude d’apprenti sorcier ? (Mr Wang)

Malheureusement, je crains que l’on ait perdu le momentum pour des vrais réformes financières en Belgique. Vu que la Banque Nationale peut maintenant s’exprimer (sans trop d’opprobre publique) contre la séparation des banques d’investissement et de détail. Cela eut été impossible en 2008-09. On voit donc que la pression pour établir des réformes dans le secteur financier s’est essouflée. Même les énormes garanties sur Dexia ne font plus la une et semble ne plus inquiéter personne.

D’ailleurs, le thème « Dexia » est complètement absent de la campagne pour les élections communales alors qu’il est justement central à ce titre, la perte de budget pour les communes étant substantielle.

On ne peut s’empêcher de constater que l’implication de politiciens eux-mêmes (et de tous les partis) dans le Holding Communal fait qu’ils se gardent bien d’aborder ce thème problématique dans les élections.

Existe-t’il des produits d’investissement favorables à l’économie belge outre les bons d’état ? Dans les banques, je ne connais que Triodos qui offre ce genre de chose… (Visiteur.)

Il faut effectivement s’interroger sur les raisons pour laquelle les investissements du secteur privé sont tellement faibles en Belgique, et sans doute encore plus marqué au sud du Pays.

Le plan Marshall aurait dû faire la différence. Mais il est tout de même ennuyant que les personnes devant évaluer le plan Marshall sont également ceux qui étaient à la base du plan. Il faut davantage s’interroger sur le bien-fondé de chaque politique publique.

A la rue de la loi, on se contente des taux d’intérêts bas sur les obligations belges, mais on est encore effectivement loin de pouvoir s’auto-satisfaire de la situation actuelle.