HV c'est fait. Quid de B ?
BEATRICE DELVAUX
jeudi 07 juin 2012, 10:20
T is gebeurd. BHV est scindé ou quasi. Le premier coup vient d'être donné cette semaine en commission des affaires institutionnelles du Sénat. Il ne reste plus qu'à poursuivre les votes et le tour sera joué.
Benoît Doppagne/Belga
Pour l'été. Mais oui, nous allons partir cette fois en vacances, le cur léger, la tête haute et les valises pleines de choses gaies. La vie doit être plus belle, non ?, dès lors que ce BHV qui nous a cassé le oreilles et les pieds, qui nous POU-RRIT la vie, c'est fini, c'est fait. Ce p(utain) d'arrondissement électoral et judiciaire est coupé en deux. Clac, on n'en parle plus.
Deux fois par mois dans De Standaard, la chronique de Béatrice Delvaux, que vous retrouverez, en version francophone sur www.lesoir.be
Au fil d'années de combats de tranchée, il a épuisé les plus braves (Herman Van Rompuy), ensorcelé les plus rusés (Jean-Luc Dehaene), fait craquer les plus impétueux (Alexander De Croo). Il a brisé des mariages heureux (MR-FDF, CD&V-N-VA). Il a même fait des morts (Yves Leterme, ses gouvernements, son cartel) et intronisé de nouveaux rois (Bart De Wever).
La Flandre la voulait, l'exigeait cette scission, c'était sine qua non à l'entente entre les deux communautés, au dialogue nord-sud, à la survie de la Belgique. On a même cru un moment dans le camp francophone, tant c'était rabâché par des Flamands au bord de l'apoplexie, que c'était indispensable à notre survie tout court.
Alors voilà. Vous nous l'avez demandé , on l'a fait. On a mis longtemps à comprendre, on a tardé, on a discuté ; il faut même reconnaître que tous les francophones ne trouvent pas le coup génial et fabuleux. Mais bon, le résultat est là : c'est scin-dé !
Et on nous dit quoi ? On nous écrit quoi ? Mer
mer
Quoi ! Pas de merci, pas d'embrassades ni de couronnes de fleurs ! Elle est où la clameur du peuple ravi ? Elle est où l'émeute née de la victoire décrochée ?
Quoi ? Vous n'êtes pas contents ? Ce mardi, sur twitter, seuls deux pauvres réjouis s'extasiaient dans un désert d'indifférence : un Premier ministre, Elio Di Rupo et un président de parti, Wouter Beke. C'est quoi le problème ? Jean-Luc Dehaene nous dit maintenant que l'erreur tactique des Flamands est d'avoir érigé BHV comme élément premier, comme symbole du combat flamand. Ce n'est pas le truc le plus intelligent qu'ils aient fait.
Ca nous, on le savait, on vous l'a même dit. Mais on est passé à l'acte, pour acheter notre survie. Et c'est tout l'effet que cela vous fait !
Et au fond, pour le B de ces trois lettres maudites, vous nous réservez quoi ? B comme Bruxelles avec B comme Basta ? C'est quoi le plan ? C'est quoi votre plan ?
Jean-Luc Dehaene, encore lui, dit avoir été choqué une seule fois durant ces derniers mois par Bart De Wever, lorsqu'il s'est rendu compte que le projet d'indépendance flamande de la N-VA revenait à ce que Bruxelles soit volé à la Flandre. Oublié, laissé là. C'est cela l'idée ? Que la Flandre renonce à Bruxelles ?
« On ne s'oppose pas à une majorité sociologique » : ce serait le raisonnement répété ces derniers temps, au hasard de ses prises de paroles intimes, par Bart De Wever pour justifier cet abandon de Bruxelles aux francophones. Une formule d'abandon all in , puisque la N-VA laisserait dans le package, les Flamands de Bruxelles aux Bruxellois : gardez-les. Objectif ? Anvers, ville capitale d'une région d'un état confédéral, ou d'un état indépendant ? La nuance entre les deux pourrait n'être plus qu'une question de temps.
Pouvons-nous vous demander une dernière faveur ? La N-VA peut-elle dire publiquement et rapidement : 1) si elle tient à Bruxelles 2) si elle nous la laisse ?
C'est important pour nous, francophones, mais au fond, c'est intéressant aussi pour tous les Flamands. Beaucoup d'électeurs du nord ont cru, eux aussi, au verhaal de BHV, l'arrondissement qui valait qu'on meure pour lui . Si, pour Bruxelles, on pouvait nous éviter ce cinéma, aux uns et aux autres, on apprécierait.
Quelques milliers de jeunes chômeurs bruxellois, au bord de l'implosion, aussi. Ils attendent qu'on s'attaque à leurs problèmes. Pas qu'on les mène en bateau.