Boss

lundi 18 juin 2012, 20:02

Alain Berenboom Écrivain

Suivez-moi bien. M. Van Brol postule pour diriger l’administration des pensions. De l’avis général, Van Brol est la perle rare nécessaire pour gérer ce département clé. Le comité de sélection l’a désigné comme le meilleur candidat, après des mois d’épreuves, de rapports et d’auditions.

Résultat : après d’interminables discussions et compromissions entre politicards, Van Brol est nommé à la direction d’une autre administration dont il ne connaît sans doute pas grand-chose. Pourquoi ces heures de pow wow stériles alors qu’il suffisait d’un peu de temps pour régler la question de façon simple : au lieu d’être à la tête des pensions, Van Brol aurait été mis lui-même à la pension.

De nombreux autres postes sont en attente. Pour les services de la mobilité et l’administration du Premier ministre, on n’a pas encore trouvé le bon candidat vu qu’il faut deux francophones et non des gens compétents. La nomination des boss de la poste, Belgacom, SNCB, etc., traîne également depuis plus de deux ans. Quelle importance ? La crise gouvernementale nous a appris que la Belgique fonctionne mieux sans chefs.

Le site de l’Etat fédéral affiche toujours le pompeux document de présentation du plan de la réforme de l’administration (qui date de 2004), intitulé sans rire « Copernicus-au centre de l’avenir ». Il faut se méfier du mot « avenir ». Il a ceci de commun avec la ligne de l’horizon, qu’il recule chaque fois qu’on s’avance.

La réforme, annonce le document, entraîne la fin de la politisation des nominations avec la suppression des cabinets ministériels. Ne vous frottez pas les yeux. Le gouvernement Verhofstadt assurait la main sur le cœur la fin du ballet de ces créatures qui dansent autour des ministres et ne doivent trop souvent leur boulot qu’à leur carte du parti ou à leur amitié avec le sachem. Désormais, était-il promis, le ministre travaillera directement avec l’administration, laquelle est neutre. On a vu ce que le gouvernement papillon a fait de cette règle fondatrice de la réforme.

Le plus doué pour le jeter à la poubelle est l’un des boys de Verhofstadt, le ministre des pensions, Vincent Van Quickenborne. Pour ce qui est de ses dons, il n’a jusqu’ici montré que son habileté à jouer sur Twitter. Gourou de M. De Croo, c’est lui qui avait conseillé à son jeune président de claquer la porte du gouvernement Leterme avec le résultat qu’on connaît à la fois pour le pays et pour son pauvre parti. Il est tellement malin ce type que, lorsqu’il aura fini de détricoter le plan Copernic, il pourrait se pacser avec le président français qui cherche justement un spécialiste de Twitter.

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