Les Francophones, ces petites choses fragiles
jeudi 21 juin 2012, 09:52
La première enquête sur le bien-être psychologique des Belges, dresse un tableau noir du moral de la population. La chronique de Béatrice Delvaux
Belga
jeudi 21 juin 2012, 09:52
Belga
Les francophones ne vont pas bien. Pas bien du tout. Rien à voir avec la scission de BHV quoi que -. Mais Le Soir, la RTBF et Solidaris leur ont tendu un thermomètre et le résultat est très inquiétant. 8% des sondés des régions wallonne et bruxelloise confessent avoir déjà tenté de se suicider ; 10% se trouvent souvent ou très souvent en situation d'angoisse, d'anxiété ou de dépression ; 5% sont en dépression sévère ou modérément sévère ; 45 % craignent de tomber dans la précarité ; 57% sont inquiets pour l'avenir de leurs enfants et 57% disent avoir besoin d'un accompagnement psy. Les 130 professionnels de la santé également interrogés ne disent pas autre chose. Près de quatre généralistes sur dix ont « le sentiment que l'ensemble des problèmes de la société se déverse sur eux ». Et près d'un psychologue ou psychiatre sur deux « pensent vraiment que les modes vie actuels engendrent immanquablement plus de souffrance psychologique. »
Mais qu'est-ce donc qui les rend si malheureux ? Tous les spécialistes le confirment : tout s'est clairement détérioré au cours des cinq dernières années. Reflet d'une société égoïste où l'individu n'est plus soutenu par le groupe - la famille, la puissance , la religion..- , où le besoin d'appartenance ne trouve plus prise. Mais l'expert de l'enquête, le Dr William Pitchot, psychiatre au CHU de Liège, pointe au rang des gros soucis qui restent sur l'estomac francophone, la longue crise institutionnelle belge: « Le risque de perdre notre identité nationale est un élément plus important qu'on ne l'imagine pour le bien être psychologique de la population. On a évoqué la désintégration du Royaume à de multiples reprises. Une menace banalisée, qui est venue s'ajouter à l'insécurité socio-économique générée par la crise financière. En somme, les gens n'entendent plus de message d'espoir ».
Plusieurs spécialistes sont au chevet des Francophones. Les premiers, les Elio, Laurette, Joëlle, Charles.. ont appliqué un traitement de fond : une réforme d'Etat. Assorti de messages d'espoir la relance et évitant les nouvelles qui fâchent la suppression de l'indexation -. Certains pensent que ce traitement peut guérir, d'autres que c'est un placebo ou pire, les soins palliatifs. Une certitude pour beaucoup cependant : il ne faut surtout pas interrompre le traitement (en octobre 2012), sous peine de rechute (en 2014). D'autres tentent la médecine parallèle. Je m'en voudrais ainsi de vous laisser partir en vacances sans vous donner quelques nouvelles du traitement de choc wallon, révélé dans cette chronique: le « Plan W ». Il s'est transformé en un plan « 2022 » signé des Dr Demotte et Marcourt. Comme toutes les médecines parallèles, elle prend du temps : le changement de prise en charge est total et en appelle aux défenses naturelles, à dose homéopathique. C'est promis sur la notice : à terme, vous ne serez plus dépendants des autres types de soins. Rendez vous aux Fêtes de Wallonie fin septembre pour un premier check up.
En attendant la guérison, quelques euphorisants sont autorisés. Un a particulièrement marché. Aux alentours de Roland Garros, vous ne rencontriez plus que des francophones heureux. En cause, le « miracle » liégeois David Goffin. La Wallonie et les Francophones tenaient leur champion, rejoignant le golfeur bruxellois Colsaerts, dit « belgian bomber ». Il ne manque que plus que les Borlée aux JO et la francophonie devrait passer l'été sans vaciller. Si c'était si simple ! Et il y a lourd à parier que le désespoir francophone s'est également emparé des Flamands. Nombre de familles, au nord comme au sud, voient leurs jeunes en souffrance, en quête de repères. Notre enquête le dit : six parents dix sont très inquiets de l'avenir de leurs enfants, quatre sur dix craignent très fortement de ne plus savoir dialoguer avec eux. La moitié s'inquiète de ne plus savoir s'occuper de leurs aïeux. Quant au travail L'expert n'hésite pas à parler de « bombe sociale à retardement », de « tsunami psy » : «On ne voit pas venir la vague. Mais quand elle est là, elle est meurtrière. C'est toute la société qui doit y faire face. En menant de vraies politiques de prévention à long terme, en modifiant notre conception du travail, en réinterrogeant notre modèle de société. » Je suis certaine que tout cela vous parle, à vous aussi. Allez, bonnes vacances!