La Flandre « tof » de l’été
BEATRICE DELVAUX
jeudi 28 juin 2012, 14:03
BEATRICE DELVAUX
jeudi 28 juin 2012, 14:03
Nous voici donc partis pour une dernière petite immersion flamande avant les vacances. On pourrait vous conter les malheurs du gouvernement flamand qui se déchire à nouveau, cette fois sur la réforme de son enseignement. Mais on va juste se faire plaisir avec quelques idées d’escapades culturelles au cas où les semaines à venir ne vous amènent pas du côté de Kassel, d’Avignon ou de Londres, mais plutôt de Gand ou de la mer du Nord. C’est parti.
Première destination : Gand. Direction la cathédrale Saint-Bavon. Pas pour l’Agneau mystique, mais pour la Sint-Jan-expo, avec Jan comme Jan Hoet. Qui en est avec Hans Martens le « curatoor », le commissaire d’exposition. Ils proposent jusqu’au 29 juillet de faire le tour intérieur de la cathédrale, mais en suivant les œuvres d’art réalisées par des artistes contemporains à la recherche de traces de religiosité et de spiritualité. Du tout beau monde : le sculpteur américain David Adamo, le peintre Michaël Borremans, star locale « dont même la Reine des Belges raffole », l’autre célébrité gantoise Berlinde De Bruyckere, l’incontournable Wim Delvoye, etc., ont travaillé librement et gratuitement.
Cette visite est aussi une manière de rendre hommage à Jan Hoet, hospitalisé ces derniers jours et en coma artificiel. A 76 ans, il est l’homme par qui l’art contemporain est devenu réalité au nord du pays, un des papes du genre dans le monde. Depuis le Smak gantois, pionnier des musées d’art contemporain en Belgique, il a découvert et encouragé nombre d’artistes, réalisant des expositions qui ont fait date comme Chambres d’amis à Gand en 1986 (des œuvres d’art installées dans les maisons des habitants de la ville) ou la Documenta IX de Kassel en 1992. La Flandre artistique croise les doigts pour que le destin épargne cette fois encore cet homme unique.
Deuxième destination : Ostende. Prenez vos quartiers d’été dans cette ville. On ne sait si c’est l’effet du « keizer » local (Vande Lanotte), mais la ville portuaire sort depuis quelques années de sa torpeur et d’une sorte de tristesse glauque. A la faveur notamment d’un festival de théâtre qui donne chaque année carte blanche à des artistes composant le programme. Après le chanteur Arno, le KVS (théâtre flamand de Bruxelles) et l’acteur Josse De Pauwe, c’est une troupe de théâtre et de musique qui pratique de l’« urban chamber music » inspirée du rock, pop, jazz, compagnie de la Ville de Louvain, qui prend les commandes. Braakland/Zhebilding, prix flamand des arts de la scène 2011, y donnera une série de ses productions, en invitera d’autres alors que le KVS gérera une nouvelle section, « Bato Congo », avec des artistes et des ateliers congolais. Le tout se déroule du 26 juillet au 4 août. A tester impérativement, avec une petite chambre en ville, un moule- frite à In de Stad Kortrijk, « the » restaurant local sur la Langestraat et une balade devant les Rock Strangers de l’artiste belge Arne Quinze.
Vous le connaissez déjà : ses structures en bois, orange fluo, avaient composé durant un été Cityscape, un îlot de convivialité sur un terrain abandonné avenue de la Toison d’Or à Bruxelles ou The Sequence, un passage sympa devant le Parlement flamand. Cet artiste qui avait aussi habillé un numéro exceptionnel du Soir, a déposé ses structures géantes aux quatre coins du monde (Beyrouth, Rouen ou même la statue de la Liberté sous forme virtuelle). Et donc cette fois Ostende, via un agglomérat de géants métalliques. Ces structures fluo veulent provoquer la réaction du promeneur et/ou de l’habitant : « Que se passe-t-il lorsque vous croisez un élément étranger dans votre environnement ? Comment réagit-on face aux objets inhabituels ? Comment rompre avec le côté anonyme et gris d’une ville, comment tisser des espaces de rencontres, de lien social ? »
C’est tout cela que veut susciter Arne Quinze qui propose un triptyque aux visiteurs avec d’une part ces Rock strangers accessibles à tous sur la digue (Zeeheldenplein), une exposition de ses productions à la Venetiaanse Gaanderijen (jusqu’au 11 novembre) et My Secret Garden, une exposition au Kunsthal de Rotterdam, visible par vidéo depuis Ostende également. Cities Like Open Air Museums, c’est le nom et le pari de cette exposition d’art public qui ne fait pas le bonheur immédiat de tous les Ostendais. « L’art provoque toujours la controverse, et donc le dialogue. La critique est saine », répond Arne Quinze suite à un micro-trottoir assassin réalisé par la VRT radio.
Troisième destination : la côte. Ostende est un des arrêts du parcours Beaufort04 qui propose pour la quatrième fois une trentaine d’œuvres d’art contemporain dans 9 villes côtières, en plein air, jusqu’au 30 septembre. La vraie balade pour l’été.
Quatrième destination : Ypres. In Flanders Field Museum, ou 14-18 en Flandre, est l’autre incontournable du moment. Une nouvelle exposition permanente a ouvert le 11 juin dernier. Elle dit tout à quelques encablures du centenaire de la Première Guerre mondiale, de l’invasion de la Belgique, des premiers mois de résistance, des quatre années de tranchées et de l’armistice. Flamand ? A vérifier.