« Vous avez bien compris, Madame ? »

BEATRICE DELVAUX

jeudi 13 septembre 2012, 13:59

Les politiciens du Nord du pays étaient tous réunis ce lundi au Square pour la passation de pouvoir entre les deux présidents du Voka, l'organisation patronale flamande.

« Vous avez bien compris, Madame ? »

Bruno Dalimonte - Le Soir

Ils étaient tous là, pas un ne manquait : tous les Flamands du gouvernement flamand, tous les Flamands du gouvernement fédéral, le président de l'Europe, le chef de cabinet du Roi, même le ministre président de la Communauté germanophone, le légendaire Karl-Heinz Lambertz. Tous présents ce lundi au Square, le nouvel espace de congrès qui domine l'Albertine, au cœur de Bruxelles, pour la passation de pouvoir entre les deux présidents du Voka, l'organisation patronale flamande. Et lorsqu'on dit pouvoir, on dit bien pouvoir : 17.000 membres – ça, ce n'est encore rien –, mais 66 % de l'économie belge – ça, c'est du lourd.

Tout ce beau linge était rassemblé, en présence des présidents de parti – Beke, De Croo – et la N-VA en nombre, à l'exception notable de Bart De Wever. Avec humour, le président sortant du Voka, le très estimé, Luc De Bruyckere, au nord comme au sud, explique que c'est lui qui a demandé de ne pas faire le déplacement à ce fanfaron qui avait déclaré que le Voka était « son patron ». Pas un francophone à l'horizon. Enfin, si, un. Elio Di Rupo, le Premier ministre, apparaissant sur une vidéo diffusée sur écran géant, pour deux messages. Drôle d'ambiance lors des deux passages avec, comment dire, l'impression, que la salle se retient quasiment de rire. Etait-ce ce néerlandais appliqué, comme lu sur un prompteur ? Le message ? La crédibilité générale ? Pas clair, mais la certitude, c'est qu'à la question posée par la bimbo Imbo de la VRT, à Luc De Bruyckere – « Le Voka est-il satisfait de ce gouvernement ? » –, c'est un éclat de rire général qui répond, devant les ministres flamands du gouvernement papillon, Vanackere et autres De Crem assis au premier rang.

La salle patronale, qui pèse très lourd en Flandre car elle représente tous ces multiples coins du nord du pays où l'entreprise, petite ou grande, voisine avec le clocher, où le patron de PME ou de grosse entreprise, est une sorte de pape local, n'était pas plus tendre ce lundi envers les gouvernants de la Flandre. Luc De Bruyckere fustige l'inefficacité dans l'octroi de permis au nord du pays : « Ce n'est pas toujours la faute des autres, il y a des choses que nous, en Flandre, nous faisons mal ». Et les chefs d'entreprises d'opiner du chef, tandis qu'ils applaudissent à tout rompre le plaidoyer sur le trop de taxes au fédéral : « Les pouvoirs publics dépensent, nous, on produit. »

Et vient le buffet. Patron après patron, homme politique après homme politique, ils s'arrêtent, extrêmement aimables, chaleureux même, auprès de la francophone de la salle, pour vérifier qu'elle a bien capté l'impatience, si pas l'exaspération flamande. Lui dire qu'il est temps que cela bouge au sud du pays, que les Flamands veulent aller de l'avant, être cette « leading region » que souhaite le nouveau président Michel Delbaere, très ouvert à la Wallonie, menaçant pour Kris Peeters et son gouvernement s'ils s'avisent de changer la formule qui gagne de l'enseignement flamand. Que le gouvernement fédéral doit aller plus vite, que du temps pour se redresser, la Wallonie en demande depuis 1988 et qu'on ne voit pas venir grand-chose. Qu'en tout cas, on en a marre d'attendre.

Les N-VA de la salle vérifient, eux, qu'on a bien compris le message de Luc De Bruyckere et du Voka, dans l'interview qu'il a accordée au Soir ce lundi : « Vous avez bien entendu hein, qu'eux aussi, parlent de confédéralisme » . Des nationalistes flamands très satisfaits du week-end de leur fringant leader, qui a frappé fort dimanche, réussissant pour eux haut la main l'envoi de deux messages. Le premier, crucial, au nord du pays lors de son débat au Zevende dag de la VRT avec Filip Dewinter : « Nous ne sommes pas un Vlaams Blok light ». Le second, aux francophones dans l'Indiscret de la RTBF : « Et si on discutait confédéralisme dès octobre 2012 ? »

La fin de la Belgique ? Non, ce n'est pas demandé. Mais il est clair qu'elle pèse lourd dans leur volonté d'aller de l'avant. Et que pour les patrons du nord, il y a des bornes aux limites…