La Flandre mange, boit, dort « Vier »

BEATRICE DELVAUX

jeudi 20 septembre 2012, 13:49

Béatrice Delvaux Editorialiste en chef

Un petit pas pour les médias, un grand pas pour la Flandre. » C’est le lancement de Vier, la « nouvelle » chaîne de Woestijnvis (associé aux éditeurs Sanoma et Corelio), qui réjouit ainsi le ministre président de la Flandre Kris Peeters, invité à pousser lundi à 18 h 43 sur le bouton rouge du lancement de celle qui occupe tous les esprits du nord. Même si, on n’est jamais trop prudent, le même Peeters était quelques minutes plus tard dans Reyers Laat, le talk-show de la Eén, la chaîne de la VRT dont Woestijnvis avait jusqu’alors assuré le succès en lui fournissant sa part de frivolité.

Jusqu’à ce lundi, Vier était connue pour les superstars flamandes des médias qu’elle avait débauchées pour ouvrir sa saison. Regardez leurs visages, retenez leurs noms, histoire de pouvoir tenir la distance dans les conversations du nord du pays et la lecture des journaux. Le cinéaste sex-symbol Erik Van Looy et le comique chauve Philippe Geubels, les deux stars du Slimste Mens – ce fameux quiz d’actualité qui a fait Bart De Wever –, occupaient déjà la semaine dernière les unes de tous les médias.

Depuis lundi, c’est par ses programmes que Vier fait parler d’elle. Qu’a-t-on vu ? Les lunettes d’Erik Van Looy : c’est le seul changement apporté au célébrissime quiz programmé désormais tous les soirs à 21 h. Des lunettes Pearle, sait-on désormais, puisque Vier vit de la pub – la VRT n’en a pas –, et donc le présentateur aussi, en chaussures Ambiorix, montre Omega et costume Filippa K. Mais le vrai suspense n’est pas là : il est dans les chiffres. Un million de téléspectateurs ce lundi (un très bon score) mais 600.000 ce mardi ! « Combien ce mercredi soir ? C’est le gros suspense, remarque le chroniqueur média du Standaard, Joel De Ceulaer. Car mardi, il y avait du foot, donc peut être que le quiz n’a pas vraiment lassé les téléspectateurs. Mais tout le monde s’interroge : l’engouement pour cette émission, la plus populaire de Flandre, est-il passé ? » Et lui, il regarde toujours ? « J’ai arrêté. Mais je dois regarder tellement d’émissions comme chroniqueur et ici pour moi, il n’y a plus rien de surprenant ».

Cap sur De Kruitfabriek dès lors ? Ce programme est « le » noyau dur de la programmation de la chaîne car il doit détourner les spectateurs des JT de la VRT et de VTM pour les scotcher à Vier pour toute la soirée. Un « actuashow » très ambitieux, tous les jours de la semaine à 19 h 45, en direct, pendant une heure. Du lourd. Du très difficile aussi. Avec visiblement beaucoup de travail encore pour satisfaire le chaland flamand. La première émission ce lundi a reçu 5/10 du Laatste Nieuws et deux étoiles sur 5 du Standaard. Une pâle copie du Grand journal de Canal +, remarque un journal flamand.

La critique est d’autant plus dure que Woestijnvis, qui produit la Kruitfabriek, a fait sa réputation sur sa capacité à sortir des concepts impertinents, originaux, vachement audacieux. On est visiblement loin du compte. « Trop brave, trop badin, trop léger, assène Joel De Ceulaer. Trop show, pas assez “actualité”, il va falloir trouver un équilibre et ce ne sera pas facile car l’amusement, la distraction, est plus dans l’ADN de Woestijnvis que le tranchant et la pertinence. Il y a beaucoup de talk-shows en Flandre, Reyers Laat, Terzake, De Kruitfabriek et en octobre Café Corsari sur la Eén : ils doivent être ce dont les gens parlent, l’endroit où les choses se passent, où on ose. »

Et où on ne voit pas les mêmes invités passer la même soirée de plateau en plateau. Lundi, De Kruitfabriek avait en ouverture de plateau, l’homme qu’il fallait avoir avec Patrick Janssens, bourgmestre d’Anvers, après les émeutes de Borgerhout. Mais le même était à Terzake sur Canvas. Autre endroit, même heure. Faudrait pas lasser.

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