Un Roi utile, au pays du surréalisme
MARTINE DUBUISSON
mercredi 20 octobre 2010, 06:50
MARTINE DUBUISSON
mercredi 20 octobre 2010, 06:50
Pour la cinquième fois depuis les élections, le Roi se trouve au cœur du jeu politique. Du moins sur le devant de la scène, à recevoir les présidents de parti – si l’on ajoute les désignations de chargés de mission et les rapports intermédiaires ou finaux, on arrive à… 17 interventions royales depuis le 14 juin !
A Albert II, donc, de faire preuve d’imagination pour (aider à) sortir de l’impasse. Avec l’aide de « souffleurs » politiques, bien sûr. Et en tenant compte de l’échiquier dessiné par l’électeur. Car il est loin le temps où le Roi pouvait imposer ses solutions ou ses hommes. La preuve, récemment : après les médiateurs, Albert envisageait, soutenu par plusieurs partis, de lancer le SP.A Johan Vande Lanotte dans l’arène ; faute d’accord des sept – de Bart De Wever en particulier –, il s’est vu contraint de désigner un clarificateur nationaliste.
Fortement mis à contribution, Albert II est sans doute le Roi des Belges qui a dû le plus opérer des choix de raison, plutôt que de cœur. Jusqu’à devoir – une première ! – se reposer sur un républicain séparatiste, qui n’envisage rien d’autre, à terme, que de scier les deux piliers sur lesquels repose le trône belge…
Et pourtant. Pourtant, la crise actuelle prouve à nouveau l’utilité d’un roi au pays du surréalisme. La monarchie est anachronique et contraire au principe universel selon lequel les hommes naissent libres et égaux en droit ? Sans conteste. Elle se justifie par pragmatisme plus que par idéal ? Assurément. Reste que si ce roi n’existait pas, qui inventerait-on, aujourd’hui, pour jouer les temporisateurs-rabibocheurs ? Pour assumer cette écoute neutre des états d’âme des partis ? Pour sortir de la mêlée et tester la solution acceptable par une majorité ? Pas évident…
Bien sûr, pour rester ce maillon efficace, ce symbole de la continuité, une personnalité fine et consensuelle s’impose. Albert II l’est indubitablement, dixit le monde politique. Son successeur, Philippe, fait moins l’unanimité, surtout en Flandre. Ce qui met à mal les rumeurs d’abdication du premier au profit du second – comme celle relayée mardi par Het Laatste Nieuws. Des scénarios-fictions qui paraissent bien improbables tant que dure l’instabilité politique. Et qu’une réforme de l’Etat n’est pas engrangée.