Bart De Wever : engranger ou dilapider

DAVID COPPI

jeudi 09 décembre 2010, 06:58

On se répète désormais à intervalles réguliers, mais qu'y pouvons-nous ?, c'est comme ça : six mois après les législatives du 13 juin, la N-VA ne veut pas souscrire à un compromis Nord-Sud… Le parti nationaliste flamand avait calé début septembre sur la réforme de l'Etat, dont les sept partis à la table avaient discuté tout l'été autour du préformateur, Elio Di Rupo : transferts de compétences, Bruxelles, BHV. Trois mois plus tard, le même parti menace de remettre ça, cette fois sur la réforme de la loi de financement, négociée sous la régie du conciliateur, Johan Vande Lanotte.

Le calendrier a toute son importance. En septembre, la rupture des négociations frappait l'opinion publique, et secouait les états-majors de partis. C'est tout. Pas grave. En décembre : la rupture des négociations frapperait la population, et secouerait le pays. Grave.

« Frapperait la population » car, dès cet instant, tout le temps perdu sera de trop – on se trouverait cette fois dans l'excès –, et se paiera cash par la suite : budgétairement, socialement, économiquement.

« Secouerait le pays » car la nouvelle crise politique Nord-Sud sera interprétée à l'extérieur comme un dérapage incontrôlé, ce qui nous exposera aux foudres des marchés – eux décideront de nous épargner ou de nous inquiéter, nous serons à leur merci.

Bart De Wever avait estimé, récemment, que l'on avait peut-être laissé passer le « momentum politique », soit cette sorte de période de grâce, par exemple après un scrutin, propice à des accords historiques. La grâce envolée, le momentum passé, il est peut-être en train de gâcher la dernière chance.

En réforme de l'Etat comme en loi de financement, les éléments d'un accord sont connus ; dans les deux cas, les trois partis francophones à la table (PS, CDH, Ecolo) ont fait un long chemin depuis leur ineffable « Nous ne sommes demandeurs de rien ». Ils sont prêts au compromis. Ce serait insensé de leur part, un pas plus loin, de mettre le pied dans une logique qui serait alors toute vouée aux seuls intérêts flamands et au démantèlement de l'Etat fédéral. Bart De Wever le sait.

A lui de dire maintenant s'il veut engranger un maximum ou tout dilapider.