Faire semblant d'y croire

BEATRICE DELVAUX

mercredi 18 mai 2011, 07:45

Tout y était : la solennité, la gravité et la modestie. Elio Di Rupo a prononcé hier des mots justes, évoquant la détermination du premier jour en même temps que la mission de la dernière chance, la nécessité de s'élever au-dessus de sa communauté et de réformer la Belgique réformée. Tout est dit.

Et ? Eh bien, tout le monde s'est appliqué à… faire semblant d'y croire. Avec la même intensité et le même manque de conviction que le monde politique français dans sa volonté de croire à l'innocence de DSK. C'est dire le côté « passeport pour l'échec » que dégage l'acceptation de cette mission de formateur.

Les objectifs sont faussés à tous les niveaux de cette solution royale. Car tous travailleront autant (en fait moins) à réussir cette formation qu'à préparer leur sortie en cas d'échec. Une voie peu propice à l'audace dans les propositions qui seront mises sur la table. Impossible en effet de faire en sorte que chaque mot de la note Di Rupo, dont on saluera la volonté de transparence, puisse à la fois convaincre les autres partis en même temps que l'électeur PS en cas de retour aux urnes. Et pourtant, il faudra oser. Mais bon, le nouveau formateur n'est pas un grand naïf et il a déjà imaginé tous les scénarios. Il sait cette fois que l'élément le plus dangereux est le seul sur lequel il n'a aucune prise : la N-VA, qui ne se refusera le recours à aucun élément de la palette de la mauvaise foi.

Mais ne soyons pas que noir.

Le formateur a un unique atout, non négligeable : pour la première fois dans cette saga, il maîtrise tous les paramètres. Il n'est plus l'otage du seul institutionnel mais peut jouer sur le socio-économique, ce qui peut bouleverser les rapports de force, déjouer des alliances uniquement communautaires et, au bout du compte, appelons un chat un chat, isoler la N-VA. Le citoyen, lui, prend ce qu'il peut à ce stade : quelques nouvelles semaines de pseudo-tranquillité politique et la quasi-certitude qu'au cas où, Leterme III assurera. Ajoutons-y depuis deux jours, une petite satisfaction lorsqu'il constate que le ridicule qui tue pour un pays, n'est pas de passer des mois à négocier son avenir mais de le jouer au poker dans une chambre d'hôtel près de Time Square.