Le prix de la raison et du courage

BEATRICE DELVAUX

jeudi 15 septembre 2011, 07:03

éDITORIALISTE EN CHEF

Historique ? Historique ! Après 459 jours de négociations, des partis francophones et flamands ont conclu un accord sur la scission d'un arrondissement électoral qui a fait tomber des gouvernements, des Premiers ministres, a suscité la naissance écrasante d'un parti nationaliste et a mis le pays au bord de l'implosion.

Donc, oui, le fait que ces partis aient finalement trouvé ce fameux « deal » sur BHV fait l'histoire.

C'est une évidence, les francophones ont fait des concessions majeures pour satisfaire les demandes flamandes, en particulier celles du CD&V, qui a fait de ce dossier un symbole absolu, une condition sine qua non, le prix à payer pour laisser tomber la N-VA. La facture est lourde pour les francophones qui vivent dans la périphérie hors des six communes à facilités. Mais c'est sans surprise. Scinder BHV les touchait en direct, à ceci près que, selon les contours de l'accord qui sont connus à ce stade, leurs droits judiciaires sont maintenus : c'est crucial et positif. Pour les habitants des communes à facilités, il s'agit d'un compromis, sans les avancées majeures qu'ils espéraient.

Lâchant beaucoup de lest sur la grande périphérie et un peu sur la petite périphérie, Di Rupo et les « siens » ont en fait, primo, sauvé – à ce stade – le pays de l'implosion et, secundo, tenté de préserver au maximum les intérêts francophones, dans la perspective de la prochaine demande de réforme flamande, dont personne ne doute qu'elle est au bout du chemin.

Di Rupo, maître du jeu ! Il nous a refait le coup du 21 juillet. Avec un sang-froid, un sens et une maîtrise tactique incroyables de la dramatisation, de la mise sous tension et de l'agacement, le formateur est arrivé à ce premier mais crucial succès. Du grand art, nourri par une volonté de fer, une détermination d'acier : conclure un accord, même pas glorieux, pour éviter le chaos et préserver les francophones de Bruxelles, et surtout de Wallonie, de la plongée en abîme, économique et institutionnelle. Gagner du temps sans perdre trop d'éléments fondamentaux (lien Wallonie-Bruxelles, statut de Bruxelles), pour pouvoir préparer ces deux régions à une prévisible future scission du pays.

On saluera le courage de Charles Michel, comme on avait salué celui de Wouter Beke le 21 juillet dernier. C'est pour lui que la concession est la plus lourde, et le risque le plus grand. Il a fait sa part du chemin dans la sauvegarde du pays. Il devra faire face à la colère du FDF.

Et maintenant ? Tout reste à faire : loi de financement et transfert de compétences. Sans parler du refinancement de Bruxelles. Mais avec cette fois, un atout majeur en poche. Car après tout ce qu'on a enduré, l'accord sur BHV est plus qu'un symbole, c'est une obligation de réussite.