Assez !

BEATRICE DELVAUX

mardi 22 novembre 2011, 06:34

« Nous allons en arriver à cette conclusion : la séparation du pays s'impose. Car vous nous donnez désormais la preuve que ce pays est brisé, incapable d'être gouverné, tant ses fractures gauche-droite, francophones-flamands, régionales-fédéral sont béantes. Profondes. » Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef

Assez !

Belga

Assez de ces négociations interminables qui n'aboutissent à aucun compromis.

Assez de ce spectacle surréaliste d'hommes et de femmes politiques réglant leur comptes sur des plateaux télévisés.

Assez de cette politique qui passe du ring de boxe au reality-show.

Assez de ces dramatisations à répétition comme seul moyen de communication.

Assez !!!

Après 526 jours de crise – réalisez-vous la folie de ce chiffre ? –, alors que l'Europe est en train d'imploser, les marchés financiers d'éliminer tout ce qui dépasse, alors que l'Italie, la Grèce et peut-être bientôt l'Espagne et la France sont effondrées ou terrorisées à la pensée de s'écrouler, alors que les banques sont en déroute, alors qu'une récession majeure menace, emportant avec elle emplois et entreprises : les hommes politiques belges n'arrivent pas à conclure un budget. Le communautaire passe encore, mais le budget, l'exercice de base du politicien lambda !

Nous allons en arriver à cette conclusion : la séparation du pays s'impose. Car vous nous donnez désormais la preuve que ce pays est brisé, incapable d'être gouverné, tant ses fractures gauche-droite, francophones-flamands, régionales-fédéral sont béantes. Profondes. Et comme ces clivages se superposent parfaitement, la seule leçon que les hommes politiques démocrates et unitaristes nous forcent à tirer sera donc que ce pays ne peut plus être.

Faites un accord aujourd'hui et un gouvernement demain. Sinon, vous aurez prouvé votre inutilité, abandonnant des citoyens exaspérés à eux-mêmes. Ce n'est pas un gouvernement de technocrates, le déchaînement de la spéculation ou la mise sous tutelle européenne qu'il faut craindre. Non, ce qu'il faut redouter, avec effroi, c'est l'explosion du refus du politique, la perte de foi dans la démocratie et un basculement vers l'extrême droite. Si pas via la naissance d'un parti politique, au moins dans l'état d'esprit d'une population dont le dégoût et l'impatience grandissent et qui n'en peut plus de cette crise sans issue.

Entendez-vous cette colère qui monte ? Vous êtes en train d'échouer. C'est irresponsable. C'est criminel.

Si la mort de ce pays s'impose comme une évidence au terme de ce chemin de croix, il faudra la gérer dans la foulée. Sans hésiter. Vous n'aurez pas accompli le vœu le plus cher de la N-VA, mais ce qui, au cours de ces 526 jours, se sera révélé être le vôtre. Il faudra l'assumer.

Mais aujourd'hui, il n'y a pas d'autre choix que ce compromis, vu le gouffre européen qui s'ouvre devant nous. L'échec vous est interdit.