Silence, on tue des chrétiens

MAROUN LABAKI

mardi 27 décembre 2011, 08:52

Le nord-est du Nigeria, c’est loin. On ne peut le nier. Mais les minorités chrétiennes d’autres régions ou pays majoritairement musulmans, à tous égards plus proches, sont également la cible d’attaques meurtrières.

Des violences de plus en plus fréquentes ? L’Histoire en dressera le bilan. Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que les malheurs des minorités chrétiennes continuent à être accueillis avec une certaine indifférence dans les pays occidentaux.

Il n’est en réalité que la vieille droite, voire l’extrême droite, pour s’en émouvoir. La gauche et les laïques sont largement aux abonnés absents. Comme si ces chrétiens isolés étaient foncièrement suspects, tous des adorateurs de Dieu, de Pétain et d’autres reliques poussiéreuses. Sans doute la Realpolitik – qui n’a, comme on sait, pas de couleur politique – est-elle aussi pour quelque chose dans cette indifférence.

La protection des minorités, également au sein des systèmes démocratiques, est un enjeu universel, crucial, imposant. Et la responsabilité de les protéger ne doit souffrir aucune exception. En l’occurrence, les minorités chrétiennes sont des confettis de notre monde, mâtinés d’autres riches influences et éparpillés par les bourrasques du temps. Ce sont les dépositaires de nos valeurs autant que des ponts jetés vers d’autres cultures – si précieux à l’heure où l’enthousiasme qui avait salué le Printemps arabe fait place au doute.

Certes, il est arrivé que les minorités chrétiennes, en terre d’Orient principalement, se fourvoient, qu’elles se trompent d’alliés. C’est toujours le cas en Syrie, par exemple, où nombre de chrétiens défendent à présent le régime finissant de Bachar el-Assad, qui est l’émanation d’une autre minorité, les Alaouites.

Choquant ? Sans doute. Mais tellement compréhensible ! Les chrétiens de Syrie ont peur des islamistes, qui ont partout autour d’eux le vent en poupe – et qui ne sont hélas ! pas tous « modérés ».

Ils savent que les crucifix ne suffisent pas, qu’ils n’ont jamais empêché les croix de se dresser dans les cimetières. C’est la panique, le sauve-qui-peut…

Nous devons apporter une réponse crédible à leur vulnérabilité, répondre à leurs regards implorants.