La matraque, outil de concertation sociale

JUREK KUCZKIEWICZ

mardi 28 février 2012, 05:58

Rédacteur en chef adjoint

Faire venir de l’étranger une bande de malabars armés de matraques, afin d’intervenir brutalement contre des ouvriers et extraire leur production bloquée à l’intérieur de l’usine… On est bien en peine d’imaginer ce qui a pu passer par la tête du responsable de l’entreprise Meister qui a pris une telle décision. Et c’est sans doute lui faire trop d’honneur, que de penser que des idées aient traversé ce cerveau.

Néanmoins, la bêtise ne peut excuser une faute, voire un délit, encore moins lorsqu’ils sont portés par une entreprise. L’incident invraisemblable par lequel s’est illustrée la société Meister à Sprimont est un fait isolé, de l’ordre du fait divers ? Peut-être. Mais les normes sociales se définissent par des pratiques médianes, tout autant que par leurs limites extrêmes. Les voies de fait commises par les blousons noirs de Meister se situent loin, très loin au-delà de ces limites acceptables.

Les syndicats sont parfois critiqués pour certaines de leurs actions musclées. Ces critiques sont justifiées. Mais elles n’auraient aucune légitimité si elles ne s’abattaient immédiatement aussi sur les méthodes de voyous telles celles qu’on a vues à l’œuvre à Sprimont. (Circonstance aggravante : l’introduction d’éléments tiers – les voyous en question – n’ayant aucun lien avec l’entreprise.) C’est simple : rien n’autorise ni ne justifie, de quelque bord que ce soit, la brutalité ou la coercition dans les relations d’entreprise, comme dans toutes les autres, d’ailleurs.

Reste à poser la question suivante : la violence dans les relations sociales est-elle en hausse ? Rien ne permet d’établir cette thèse. Mais il est indubitable que le contexte actuel, où une crise économique conjoncturelle se superpose à des mutations de fond dont les pertes de compétitivité et les délocalisations sont des symptômes, crée les conditions de tensions sociales exacerbées. L’exigence de respect des principes de civilité de base, ainsi que de ceux de la concertation sociale de bonne foi doivent être réaffirmés avec force.

Reste, dans le cas de Sprimont, à éclaircir si les forces de police qui sont intervenues dimanche ont totalement accompli leur devoir, en laissant partir sans contrôler leur identité les sinistres sbires amenés d’Allemagne.