Du salaire de Bellens à la Bastille de Mélenchon

BEATRICE DELVAUX

lundi 19 mars 2012, 08:49

éditorialiste en chef

Nous avons une responsabilité sociale. L'inégalité des revenus s'accroît. Si cette tendance se confirme, cela crée une bombe à retardement sociale, dont personne ne veut. » Cette déclaration n'émane pas du PTB ou de Mélenchon même si la situation dénoncée n'est étrangère ni à l'intérêt pour le livre des premiers ni à la prise de la Bastille par le second.

C'est le président de la Deutsche Bank qui dénonce cette situation, à la manière d'un Philippe Maystadt qui estimait récemment que l'écart croissant entre les salaires des patrons et des travailleurs est l'indicateur d'une perversion d'un système. Une étude britannique a établi que le salaire des patrons avait augmenté de 4.000 % en 30 ans alors que celui des classes moyennes (professeur, policier) avait été multiplié par quatre sur la même période. Exemple parmi d'autres : le patron du groupe pétrolier BP gagne 63 fois plus qu'un employé moyen de sa compagnie.

Convaincus ? Le monde patronal, lui, ne l'est toujours pas. Il en reste, en nombre, pour crier au poujadisme et défendre la hauteur des salaires et bonus de grands patrons, sans oublier les indemnités de départ qui y sont liées.

Le sujet rebondit chez nous avec la publication du salaire du patron de Belgacom en 2011. Soyons clairs : Didier Bellens n'a rien volé. Cet argent est convenu contractuellement, il a même déjà été revu à la baisse, contrairement à la pratique dans nombre d'entreprises privées. Mais c'est une évidence : personne ne touchera à ces salaires si les contrôleurs et/ou propriétaires (Etat, administrateurs, actionnaires) ne s'en emparent pas. Les lois sont utiles. La publication obligatoire des revenus fait ainsi son effet. Reste à compléter le dispositif et à mettre des limites, ramener de la décence et de la logique. A la manière de ce que prévoit Paul Magnette dans les entreprises publiques. Le système capitaliste a généré des excès qui mettent aujourd'hui des pays à genoux, des gens en marge du monde économique. Si on ne le régule pas aujourd'hui, quand le fera-t-on ? Les prises de Bastille ne seront pas toujours symboliques si on ne remet pas l'éthique et la justice sociale au centre de ce « bling-bling ».