Une course contre la montre, contre l’horreur

BEATRICE DELVAUX

mardi 20 mars 2012, 05:51

ÉDITORIALISTE EN CHEF

Il faudra que chacun en France fasse siennes, dans les heures qui viennent, les paroles extrêmement responsables et dignes du Grand Rabbin de France, alors que trois enfants et un adulte d’une école juive venaient d’être abattus dans un scénario d’horreur à Toulouse.

Cela ne sera pas évident, notamment pour les candidats à l’élection, leurs proches et les observateurs qui tentaient, lundi, de ne pas déraper face à ces crimes qui se sont soudain imposés à eux. Aujourd’hui, la seule règle à adopter pour les candidats est de ne rien déduire, de ne rien induire. Mais de rappeler les valeurs qui unissent les Français, d’apaiser les peurs et de désamorcer les dénonciations sans fondement et les dérives populistes. A l’heure où nous écrivons ces lignes, la seule certitude est que ces meurtres sont d’apparence liés, car réalisés par la même arme, sur le même scooter et avec le même profil d’un tueur qui agit seul, calmement, devant témoins et de sang-froid. Est-ce une personnalité à tonalité paranoïaque, animée par une logique « idéologique salvatrice », relevant de la psychiatrie ? Est-ce un élément de l’extrême droite classique et raciste, qui vise à la fois les communautés juives et musulmanes ? Nul ne le sait.

Faire preuve de retenue : c’est le must absolu, mais la poursuite de la campagne sera extrêmement difficile à gérer car elle est désormais soumise à la menace d’une nouvelle tuerie, à tout moment, en tout lieu et sur n’importe quelle cible.

Cela sera d’autant plus délicat pour Nicolas Sarkozy, le président en exercice, chantre de la sécurité et de l’efficacité policière. Rassurant dans les périodes d’inquiétude et de crise aiguë, il sera – si ses services ne parviennent pas rapidement à arrêter le tueur – pris en défaut dans l’efficacité de sa politique, dans l’exercice du pouvoir et de la protection des Français. C’est donc, pour Sarkozy aussi, une course contre la montre qui s’engage. La campagne française est suspendue, et pourtant chaque minute l’influence fondamentalement, sans qu’aucun acteur ne puisse en gérer l’impact…