Francophones, l'armée vaut mieux que votre désintérêt

ALAIN LALLEMAND

lundi 26 mars 2012, 05:55

C'est entendu, le réalisme nous dicte que la Belgique a bien d'autres combats à mener, et les opportunistes ajouteront que la Défense n'est pas la meilleure des attaques : peu de politiciens ont mené carrière en se spécialisant dans les affaires militaires. L'armée, c'est fédéral et bilingue, aussi kaki qu'ennuyeux, ce n'est pas glamour, terriblement complexe, en outre cela coûte un pont au contribuable. Dès qu'ils entendent le mot « armée », la majorité des élus sortent leurs flingues : s'il y a des coupes claires à opérer, c'est dans ce budget qu'elles vont se produire. Bref, le politicien qui tente une carrière en défense est assuré de se voir reprocher ses politiques « dispendieuses » même s'il sabre en permanence dans une Grande Muette qui ne peut crier. S'il maîtrise la complexité des dossiers, ce politicien devient rapidement incompréhensible de ses électeurs ; et s'il accède au poste suprême, il prend le risque d'être politiquement dézingué dès le premier soldat mort en action.

Cela explique sans doute pourquoi les travées des commissions parlementaires voués à la Défense sont à ce point délaissées par les élus – singulièrement francophones : nous avons vu cette année, en plein débat budgétaire (or l'armée à elle seule pèse 2,8 milliards), une audition de ministre retardée de 50 minutes simplement parce que le quorum requis n'était pas atteint.

C'est une honte et une erreur : à la Chambre, ce désintérêt a permis au Vlaams Belang d'investir la présidence de commission, cependant que la N-VA, disposant de nombreux relais parmi les militaires, y est hyperactive à bon ou mauvais escient. Elle est sortie de ses tranchées et occupe le terrain : pour l'heure elle tente d'y faire avancer une vision pseudo-orangiste de la Défense qui ne peut être celle des francophones. Heureusement, leur vision n'est pas non plus celle de la Flandre : SPA et Groen/Ecolo ont toujours mené leurs propres tirs de barrage, cependant que le CD&V ne récupère des assauts de la N-VA que ce qui l'arrange.

Mais dans ce champ de bataille, où reste l'artillerie francophone ? Le MR pilonne, soit, mais la cavalerie PS et CDH reste ultralégère, et nous nous interrogeons sur la stratégie des sudistes : la sonnerie aux morts, déjà ?