Élection française : un embargo rendu obsolète

JUREK KUCZKIEWICZ

vendredi 13 avril 2012, 07:20

Rédacteur en chef adjoint

Les Français viennent de (re-)découvrir que les médias en ligne étrangers – dont Le Soir – publieront, s’ils les obtiennent, les premières estimations des instituts de sondage, et ce avant l’heure de fermeture des bureaux de vote les soirs d’élection présidentielle. (Ces chiffres circulent traditionnellement dans les rédactions et les états-majors politiques dès 18 heures, voire plus tôt.) L’interdiction légale de diffusion de ces chiffres ne peut s’appliquer qu’aux médias établis sur le territoire français.

Le brin d’émotion qui touche nos confrères français, et peut-être les autorités hexagonales, est évidemment compréhensible : l’évolution de l’univers médiatique et des technologies de communication rend obsolètes les législations traditionnelles en matière de silence électoral. On ne peut contester leur bien-fondé. Mais que peuvent ces lois à l’ère du tweet qui, comme l’air ou l’eau, passera par le moindre interstice ?

A cette occasion, nos amis français (re-)découvrent donc qu’ils ne vivent pas dans un vase médiatique clos. En Belgique francophone, où les médias français s’écoulent abondamment, on connaît et vit cette réalité depuis belle lurette. Pas toujours pour le mieux d’ailleurs : les audiences des chaînes de télévision françaises, valorisées par les annonceurs, obèrent significativement depuis 30 ans le marché publicitaire, et donc aussi les moyens de l’industrie audiovisuelle belge francophone. Il y a longtemps qu’on a cessé de s’en plaindre.

Reste le cœur de la question : des publications précoces d’estimations de résultats sont-elles susceptibles de fausser le jeu électoral ? Force est de constater que les systèmes ne sont pas aussi rigides sous toutes les latitudes. Aux Etats-Unis par exemple, personne ne trouve anormal que les estimations des Etats de la côte Est commencent à être connues alors que les Etats de l’Ouest sont encore en train de voter…

Enfin, ce serait tenir en piètre estime l’électeur français, que de penser qu’il puisse, en nombre, se laisser dicter son choix par quelques estimations officieuses, à une heure de la clôture des votes. La démocratie française est plus intelligente que cela.