Le bal des prétendants sans vergogne

JOELLE MESKENS

jeudi 19 avril 2012, 08:02

Regarde. Quelque chose a changé. L'air semble plus léger. C'est indéfinissable. Un homme, une rose à la main, a ouvert le chemin, vers un autre demain. » Ça ne vous rappelle rien ces paroles de la chanson « Regarde », de Barbara ? Mai 1981, bien sûr !

Et en ce 18 avril 2012, quelque chose a changé dans la présidentielle française. Quelque chose qui ressemble à un vent annonciateur de victoire pour la gauche. Des sondages creusent l'écart. Selon l'un d'eux, François Hollande l'emporterait même à 58 % contre 42 % à Nicolas Sarkozy au second tour ! Ce serait du jamais vu depuis Pompidou, en 1969. Excepté, bien sûr, le score hors norme (82 %) de Jacques Chirac face à Jean-Marie Le Pen en 2002.

Autre signe : le bal des prétendants. Les matelots du centre-droit quittent un à un le paquebot du capitaine pour rejoindre les canots et embarquer vers l'autre rive. « Gagné ! », dit déjà Daniel Cohn-Bendit comme s'il criait : « Terre ! » François Hollande serait bien inspiré de ne pas céder au même triomphalisme. Ni d'écouter les sirènes des prétendants pour composer son gouvernement. L'exercice serait aussi indécent que de se jeter, comme Nicolas Sarkozy, dans un bain de foule à la Concorde en prenant soin d'ôter de son poignet une montre de plusieurs dizaines de milliers d'euros…

La France souffre. Cette campagne a encore démontré son désenchantement. Le succès de Jean-Luc Mélenchon, auteur d'un livre à succès intitulé Qu'ils s'en aillent tous, ne tient pas qu'à son talent de tribun. Il a su capter un cri de colère. Le maintien à un niveau très élevé de Marine Le Pen accrédite la même idée d'un rejet du système.

Se prêter au jeu de la distribution anticipée des postes serait du pire effet. Le jour venu, s'il vient, il ne devrait y avoir aucune amitié, aucune faiblesse qui vaille pour les courtisans. Seul le profil politique motivera la désignation pour la fonction.

De cette élection, les Français savent qu'ils n'ont pas grand-chose à attendre. Les marges de manœuvre économiques sont très étroites, pour ne pas dire nulles. Mais il est une promesse qui ne coûte pas un euro : celle de gouverner autrement. Si François Hollande doit être élu le 6 mai, cet engagement-là, il ne pourra pas le trahir.