Même les élèves modèles perdent le nord

BEATRICE DELVAUX

mercredi 25 avril 2012, 06:41

Éditorialiste en chef

Qui aurait pu parier sur cette situation il y a quelques mois ? La Belgique politique, donnée en exemple ? C'est pourtant ce qui s'est produit en début de semaine aux Pays-Bas, où un journal a titré « Economiser des milliards ? En Belgique, on fait cela comme ça ! » Et de vanter la méthode Di Rupo.

Qui sont ces jaloux ? Les Pays-Bas dont les déboires sont passés quasi inaperçus des francophones belges, hypnotisés par les élections françaises. Et pourtant, il y a près de chez nous un Royaume aux prises avec une crise politique importante. Un élève modèle, pourtant : les Pays-Bas sont un des quatre derniers pays européens dotés du fameux triple A, leur dette atteint quasi ces 60 % du PIB dont les autres membres de l'eurozone n'osent plus rêver. Mais pour réduire le déficit aux 3 % souhaités par l'Europe, le gouvernement a rentré un plan d'économies de 14 milliards, refusé par le parti populiste de Geert Wilders, qui le soutenait jusque-là.

Il y a deux morales à cette histoire pour l'Europe politique et économique du moment.

1) Ne faites jamais confiance à un populiste pour gouverner : il n'a pas de parole et change d'avis au gré du vent et des gens, perdant toute crédibilité. Wilders avait quasi insulté les Grecs en leur enjoignant de faire des économies, insistant sur l'orthodoxie budgétaire, qu'il s'est empressé de torpiller dès qu'elle ne servait plus ses buts immédiats.

2) Le camp des révoltés de l'austérité à tous crins compte chaque jour un nouveau membre. En deux jours, un gouvernement aux Pays-Bas tombe sur ce motif, tandis qu'en France, Marine Le Pen séduit par son discours antieuropéen, et François Hollande par ses propositions qui mêlent relance et austérité différée. Il est le chouchou de l'économiste américain Krugman, qui continue à crier au suicide économique d'une Europe qui prescrit l'austérité comme seul remède. Un suicide qui pourrait aussi être politique. L'Europe doit adopter un cocktail qui permette de doser l'assainissement des finances publiques, de réduire la dette, tout en relançant la croissance. C'est un des moyens permettant de répondre au désarroi des citoyens et d'empêcher qu'ils succombent aux extrémismes.