Une priorité, la Justice ? Qu'on le prouve

MARTINE VANDEMEULEBROUCKE

vendredi 27 avril 2012, 10:08

L'installation a été interrompue. Veuillez patienter… La Justice est-elle un bug informatique permanent ? Faire le compte de tous les débuts de réforme, de tous les projets de loi restés sans suite depuis trente ans en matière de Justice aurait de quoi plomber le moral, plus efficacement encore que le temps de ce mois d'avril. Rien n'étonne en fait dans la situation actuelle. Ni la crise dans les prisons ni même l'impasse dans laquelle se trouvent l'aide juridique et les permanences Salduz. On a voté la loi Salduz en feignant de ne pas voir son impact budgétaire. On a laissé le code pénal belge devenir l'un des plus vieux codes européens et le plus déphasé dans l'échelle des peines. Ne parlons même pas de l'informatisation judiciaire.

La ministre de la Justice Annemie Turtelboom tente aujourd'hui d'éteindre les incendies qui s'allument un peu partout. Incendies qu'elle attise parfois par son absence de dialogue avec les acteurs du monde judiciaire. On l'a vu pour les syndicats des agents pénitentiaires comme pour les avocats. Dans les deux cas, elle a sous-estimé leur détermination et leur colère. Parce qu'elle n'a de toute façon pas les moyens budgétaires pour leur répondre ? Doit-on alors considérer qu'au sein du gouvernement, on estime le problème des prisons et la défense des droits des suspects moins porteurs que la présence accrue de policiers dans les stations de métro ? On aimerait pouvoir répondre par la négative.

La Justice est un poste que se disputent les partis. C'est porteur auprès de l'électorat. L'Open VLD le voulait mais ce parti qui se fait le champion de la tolérance zéro en matière de criminalité et du dégraissement du budget de l'Etat (qui paie aussi les agents pénitentiaires) mesure-t-il l'impact de ces politiques sur le fonctionnement de la Justice ? Tout est lié. Les lois qu'on modifie sans cesse pour aggraver les sanctions et la surpopulation dans les prisons, les juges en nombre insuffisant qui font exploser l'arriéré judiciaire, les policiers obligés de remplacer des gardiens excédés, des palais de justice qui ne répondent plus aux normes de sécurité. On n'en sortira pas sans un refinancement réel de ce service public. Mais il faut vouloir faire ce choix.