Relancer l'Europe ? Hollande n'a pas encore gagné

DOMINIQUE BERNS

samedi 28 avril 2012, 09:05

Le premier tour de la présidentielle française a changé quelque chose en Europe. Mercredi, le patron de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a appelé de ses vœux un « pacte de croissance ». Il parie, c'est l'évidence, sur une victoire, le 6 mai, de François Hollande. Il prépare donc le terrain.

Le chef de file du PS français a fait campagne (notamment) sur la relance. S'il gagne, ses partenaires européens ne pourront refuser de mettre la question à l'agenda. Pas même la chancelière Angela Merkel, qui a besoin de l'axe franco-allemand pour assurer son leadership (à demi assumé) sur l'Union. Elle a donc approuvé Mario Draghi.

Mais si celui-ci est sorti du bois, c'est pour baliser le terrain. Pas question d'assouplir la discipline budgétaire et de retirer une virgule du dernier traité européen. Tout au plus pourrait-on y ajouter quelques mots sur la nécessité de relancer la croissance. Pas n'importe comment. Essentiellement par les « réformes structurelles » : libéralisation et flexibilisation des marchés, surtout celui du travail.

L'Union a-t-elle besoin d'un tel « Pacte de croissance » ? Elle s'est donné la Stratégie UE 2020, pour promouvoir une « croissance intelligente, durable et inclusive », mais dont on ne voit rien sortir de concret. Et qui échouera sans doute, comme avait échoué la Stratégie de Lisbonne, qui devait faire de l'Union « l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde » en 2010.

On ne sauvera pas l'Europe avec des mots. Mais en changeant de politique économique. En desserrant la contrainte de financement sur les États, en planifiant (car le marché ne le fera pas de lui-même) la transition vers une économie moins gourmande en énergie et en ressources naturelles, en mettant en œuvre des politiques actives de réindustrialisation du continent.

Les élites européennes, aux antipodes de ces préoccupations, feront tout pour qu'une victoire du candidat socialiste ne change rien à l'ordre établi. Elles sont prêtes à quelques concessions de pure forme ou sans importance. Ce sera à François Hollande de décider s'il veut d'abord sauver la face ou ne pas décevoir ceux qui, en France et ailleurs, ont repris espoir le soir du 22 avril.