Radicalisation des discours : ce n'est qu'un début

DAVID COPPI

mercredi 02 mai 2012, 11:52

David Coppi

Bien sûr, il y a les circonstances, favorables à la confrontation entre les grands partis démocratiques comme entre les organisations sociales : la course à l'Elysée en France qui électrise le débat, partout les rassemblements du 1er Mai, les élections sociales dans nos entreprises… Mais qui ne voit pas que la radicalisation des discours plonge plus profondément ses racines ? Aussi profondément que la crise économique. Et qui ne voit pas que tout cela ne va pas forcément se régler à l'amiable à la fin, un peu pépère, au centre comme ils disent ? Du reste, l'on entend partout, et dans toutes les langues, de gauche comme de droite, que c'est « l'heure des choix », que l'on arrive à un « tournant », que l'on vit un « moment charnière ». Juste. Et – précisons – pas simple pour autant : fondée en partie sur des programmes et des visions concurrents ou antagonistes, la radicalisation des discours émanant des partis comme des organisations sociales est marquée aussi, en leur sein, par un grand désarroi – rentré ou inavoué – quant à la marche à suivre pour sortir de la crise et faire advenir le monde nouveau.

Une forme d'impuissance qui ne freinera cependant pas les ardeurs, car l'histoire avance : partout, aux confrontations sur la teneur de la réelle rigueur-austérité, s'ajoutent et s'ajouteront celles sur la teneur de l'hypothétique relance. Ce n'est qu'un début. Et c'est le lot de la politique : en surchauffe quand l'heure est grave.

Enfin, ajoutons que si le contexte franco-français, celui du scrutin majoritaire, de la course effrénée à l'Elysée, est naturellement propice – d'autant plus, on l'a dit, par temps de crise – à l'exaltation des clivages camp contre camp, chez nous en revanche, pays des coalitions s'il en est, c'est un peu plus compliqué que ça. Ainsi, la façon dont Charles Michel avait épinglé Elio Di Rupo pour son déplacement au meeting Hollandais à Lille, et, ces derniers jours, son offensive légitime et néanmoins provocatrice sur le sens du 1er Mai laissent songeurs sur les rapports entre « partenaires » fédéraux, et nous ramènent à cette pensée d'un libéral-réformateur : le MR, confiait celui-ci, peut « vivre un certain temps » avec Elio Di Rupo Premier ministre. « Un certain temps »…