Ces intolérables écarts de salaires

JOAN CONDIJTS

jeudi 03 mai 2012, 10:22

Comme les pauvres ont leur saison médiatique – à l’entrée de l’hiver, lorsque le froid fige et le premier sans-abri ne se lève plus – les patrons richement rémunérés ont la leur : quand le printemps révèle, dans les rapports annuels de société, les gras bourgeons de leurs douze mois de labeur. Les millions pleuvent. Parfois par dizaines. Et le commun des mortels lorgne, heurté par cet étalage, peut-être envieux aussi.

Mais l’indécence peut resurgir de-ci de-là. Hors saison. Quand le quart-monde, dans le sordide ou le larmoyant, se rappelle au monde. Quand un patron licencie quelques centaines d’hommes et de femmes pour assurer la « viabilité » de l’entreprise et l’épaisseur de la part « variable » de son salaire.

L’indécence a resurgi cette semaine. En la personne de Pierre Mariani. Le patron de Dexia aurait évoqué son envie de partir bientôt et d’empocher au passage son indemnité, légale, de sortie. Soit 1,2 million d’euros. Le conditionnel a été vite gommé par les observateurs. Et la velléité patronale s’est muée en volonté, l’indemnité légale en exigence du partant. Très vite, des voix politiques ont dénoncé, menacé. Y compris celle du Premier ministre. Trop vite ? Le temps est au rouge vif. Pas aux nuances…

Au-delà du populisme, ces faits dénotent un mal profond, une inégalité croissante : la tension salariale qui s’accroît. Ou, autrement dit, l’écart entre le salaire le plus bas et le plus haut. L’industriel Henry Ford et le banquier John Pierpont Morgan le situaient entre un et quarante. Aujourd’hui, un grand patron belge ou français empoche, en moyenne, de 2 à 3 millions d’euros par an. Cent, voire cent cinquante fois plus que son employé le plus modestement rétribué.

Des initiatives politiques existent en vue de réduire cette tension salariale. Comme le révèle Le Soir, une proposition de loi a été déposée ce jeudi pour imposer plus justement les stock-options.

Louable mais insuffisant. Une telle tension salariale grossit le sentiment d’injustice sociale et, conjuguée tant à la crise économique qu’à la hausse de la pauvreté, apparaît comme un facteur de troubles en puissance. Ramener cet écart dans des proportions que la décence tolère, ne souffre aucune échappatoire.