L'ingénierie pénale a ses limites

HUGUES DORZEE

vendredi 04 mai 2012, 06:35

Le système carcéral a montré depuis belle lurette ses limites. Il ne répond pas ou plus aux nobles objectifs qui sont les siens : punir et éviter la récidive, former et réinsérer. Il est criminogène. Il coûte très cher (125 euros environ par détenu et par jour). Et par-dessus tout, il est au bord de l'asphyxie à cause d'une inflation carcérale galopante (en 30 ans, la population carcérale a doublé !) et d'un sous-investissement chronique dans le secteur.

Depuis 20 ans, les ministres de la Justice successifs (PSC, CD&V, PS et VLD) ont été incapables d'initier une politique pénale ambitieuse, cohérente et à long terme. La prison qui devrait, en principe, constituer l'« ultime recours » reste « la » sanction phare.

Aujourd'hui, un détenu sur trois est en préventive. Et on construit à grands frais de nouveaux établissements qui seront, si rien ne change, également saturés à terme.

Pour l'heure, le gouvernement aurait trouvé la parade : la détention « à domicile » et le suivi des prévenus via un système de GPS. Sans avoir au préalable doté de moyens adéquats la surveillance électronique qui est loin d'être optimale, mais passons.

La technologie peut être salutaire si elle est au service d'un projet politique construit et consistant. Mais dans le cas présent, tous les doutes sont permis. Et derrière ce parfum de modernité plane une certaine improvisation.

Un : la sécurité est une affaire d'Etat, elle doit le rester. Et ce malgré la tendance lourde du moment : une ingénierie pénale de plus en plus sophistiquée, un recours aux sous-traitants privés, etc.

Deux : gare au mythe de la « prison virtuelle » ! Les acteurs de terrain (magistrats, police, assistants de justice…) sont unanimes : le petit royaume de Belgique n'est pas (encore ?) mûr pour se lancer dans pareille aventure, sans une profonde concertation et avec des moyens humains et budgétaires à la hauteur de ses ambitions.

Enfin trois : et le détenu dans tout ça ?! Avec la détention « à domicile » ou la surveillance via GPS, on est loin des mesures « individualisées, réparatrices, orientées vers l'avenir ». Aux antipodes d'une politique pénale qui mettrait la réinsertion du détenu et la prévention de la récidive au centre de toutes les priorités.