Le vrai travail commence

BEATRICE DELVAUX

lundi 07 mai 2012, 06:55

François Hollande est face à une équation a priori impossible: concrétiser le changementdans un univers qui lesouhaite tout autant qu'il l'interdit. L'édito de Béatrice Delvaux

Le vrai travail commence

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François Hollande est président, la gauche française retrouve le pouvoir, les Européens s'attendent à un infléchissement. Une fois qu'on a dit cela, on n'a rien dit. Car cette victoire n'est qu'une étape vers le pouvoir. La plus facile. Le plus dur, pour le nouveau président de la France, reste à faire.

Car cette victoire est d'abord une… défaite. Celle de Nicolas Sarkozy. L'homme à battre aura vendu chèrement sa peau. On disait la chose facile mais on constate qu'il aura fallu aux socialistes, le vote blanc du bloc de base lepéniste et le soutien de François Bayrou pour arriver à ces 51,67 %. Il y a bien évidemment dans cette victoire un élan, l'envie de changement, d'un autre possible, d'une réunion des différents pans d'une société que Nicolas Sarkozy a divisée, du retour à une identité généreuse et non sélective. Mais dès ce lundi, la réalité va s'imposer. Le nouveau président n'aura pas le temps de l'état de grâce. Nicolas Sarkozy l'a dit en guise d'héritage à son successeur : « Cela se fera au milieu des épreuves, ce sera difficile. »

Ce sera difficile face à l'extrême droite et au populisme qui tiendront des discours faciles dans une situation où aucune solution simple et populaire n'est à portée de main.

Ce sera difficile face aux marchés financiers qui dès ce lundi matin et à chaque décision prise par le nouveau président, sanctionneront tout ce qui paraîtrait relever d'une gabegie socialiste et aller à l'encontre de l'austérité et l'orthodoxie financière du moment. François Hollande est face à une équation a priori impossible : concrétiser le changement dans un univers qui le souhaite tout autant qu'il l'interdit.

La social-démocratie peut-elle gouverner et infléchir le destin européen ? La charge de cette preuve pèsera lourd sur les épaules de François Hollande. Ce n'est pas un hasard si, hier, les visages des socialistes appelés à gouverner, étaient graves. Car l'enfer, désormais en Europe, est proche du paradis. La Grèce nous l'a rappelé.