Une loi à changer en évitant tout recul éthique

FREDERIC SOUMOIS

mercredi 09 mai 2012, 06:30

Il y a 12 ans, jour pour jour, nous racontions ici le calvaire de Charly Rayen. Son cancer ne lui laissait plus aucun répit. Il voulait rentrer chez lui pour mourir avec l'aide de son médecin. Ce lui fut refusé. C'était avant la loi sur la dépénalisation partielle de l'euthanasie. Pour se libérer, Charly dut se jeter par une

fenêtre de l'hôpital.

Depuis dix ans, des patients comme Charly peuvent désormais demander que leur médecin les soulage, dans des conditions très strictes.

Tout a-t-il pour autant changé ? C'est loin d'être sûr. Parce qu'il est fréquent que les institutions mettent des bâtons dans les roues aux patients qui demandent ce geste. En commettant un scandaleux abus de faiblesse. Pourquoi imposer à un patient à bout de force et qui n'a plus aucun espoir thérapeutique de franchir des fourches Caudines de la mauvaise volonté, de la peur ou de convictions déplacées ? Pourquoi forcer un patient, comme on le constate trop souvent, à être déplacé de sa maison de repos ou de son hôpital vers un autre établissement pour faire entendre sa voix, pour faire reconnaître son droit ? Pourquoi le forcer à changer de médecin après des mois de combat côte à côte ?

Pour que la loi actuelle, qui garantit un droit fondamental à la dignité, garde son sens, il faut que des moyens suffisants lui soient consacrés, que les médecins soient formés, qu'ils aient accès à des ressources et des conseils adaptés pour un geste qui restera toujours, quoi qu'il arrive, difficile à poser.

Dans le même temps, des

patients, notamment les mineurs, notamment les malades atteints de démence, ne peuvent bénéficier de la loi actuelle. Parce que la notion de conscience est complexe, que le passage « de l'autre côté du miroir » se fait page par page de la mémoire et des facultés, et pas d'un coup.

Des solutions de bon sens doivent être inventées pour permettre d'appliquer, à ces malades également, l'esprit de la loi actuelle. Et la changer en garantissant qu'elle soit applicable avec générosité et sécurité. En prenant garde aussi à la menace : certains voudraient revenir en arrière et en profiter pour que, demain, chaque patient passe devant un tribunal pour être libéré de sa souffrance.

Charly ne l'aurait pas voulu…