« Di Rupollande » dîne ce soir chez Mme Merkel

BEATRICE DELVAUX

mardi 15 mai 2012, 07:32

éditorialiste en chef

Le décompte est enclenché pour les socialistes arrivés au pouvoir en Europe : battre le fer de la croissance tant qu’il est chaud et faire basculer le plus vite possible un maximum de monde – hommes politiques, faiseurs d’opinion et opinions publiques – dans leur camp. L’interview donnée par Elio Di Rupo à cinq grands journaux européens n’est pas qu’une entreprise de marketing du Premier ministre belge qui en soi, pèse moyennement dans l’arène européenne. Non, c’est une interview qui précède le dîner (ce soir) du président français avec la chancelière allemande, mais aussi le sommet européen informel sur la croissance du 23 mai.

Il y a une « fenêtre d’opportunité » pour modifier le cours des politiques économiques prises depuis des mois et les socialistes veulent que leur action soit décisive. Hollande seul est plus fragile face à Angela Merkel et son opinion publique française, tant qu’il n’a pas transformé l’essai présidentiel aux législatives.

Di Rupo dans ce cas, bien installé dans son fauteuil de Premier ministre à Bruxelles, peut servir d’utile porte-voix au duo socialiste. D’autant que les esprits sont bien plus mûrs qu’il y a quelques mois. La chancelière allemande est affaiblie électoralement tandis que des voix se font jour dans son pays pour critiquer l’austérité. Les conservateurs des pays du sud de l’Europe, où la récession fait des dégâts très lourds, ont eux aussi « viré leur cuti ». Et puis, surtout, il y a la Grèce qui fait peur à tout le monde. Tant par sa situation que par le spectre de cette pauvreté et de la quasi-insurrection nationale qui pourrait inspirer d’autres opinions publiques.

Ni la Grèce ni l’Europe n’ont le temps pour de longs palabres entre pouvoirs nationaux. Il faut des décisions urgentes : 1) aider la Grèce en argent, en compétences, lui permettre d’assainir durablement sa situation sans menacer l’équilibre européen ;

2) rédiger et appliquer ce fameux addendum « croissance » au traité de stabilité budgétaire. Compliqué ? Non.

Ce soir Hollande et Merkel doivent prendre leurs responsabilités, trouver un accord et conclure ce nouveau pacte pour l’Europe, sans avoir l’œil rivé sur leur nombril électoral. Ils doivent faire mentir – enfin ! – l’adage du « trop peu, trop tard ».