La simplicité aura-t-elle raison de la foudre ?

BEATRICE DELVAUX

mercredi 16 mai 2012, 07:22

éditorialiste en chef

Sobre, grave et crédible. C’était l’image que renvoyait hier l’intronisation du nouveau président de la France. La réception à l’Elysée fut dépouillée, sinon spartiate, tandis que le discours tenu était efficace. Tant sur le vibrant « Je l’affirme ici, il n’y a pas de fatalité » que sur l’affirmation de la volonté d’exercer cette fonction dans la dignité, la sobriété des comportements et en réaffirmant l’impartialité d’un Etat, propriété de tous les Français.

Le style adopté et le profil du Premier ministre désigné semblent eux aussi en phase avec l’ampleur de la tâche et les difficultés du moment, en France comme en Europe.

François Hollande, hier, n’a pas menti sur les contraintes qui pèsent sur les Français.

Il a aussi cadré les objectifs européens discutés dans la soirée avec la chancelière Merkel : 1) l’austérité n’est pas une fatalité, 2) la croissance est possible, 3) la solidarité doit être plus marquée, notamment au regard de la situation grecque.

Sobriété et efficacité : pas de faute de goût, donc. Reste à ne pas en faire trop dans le genre dépouillé. La sobriété, ça va, mais il faudra éviter qu’elle tourne à la naïveté ou au snobisme à l’envers.

Hier, entre les interrogations métaphysiques de la Première Dame sur l’intitulé de sa fonction et la voiture du président qui s’arrête au feu rouge vers l’Elysée, il y a un début d’excès qui pourrait vite, s’ils deviennent une règle, transformer le naturel et le normal en une opération de communication, tournant au ridicule. Etre président de la France n’est ni bling-bling ni banal.

Mais la nature fait bien les choses, venant hier rappeler à un François Hollande plein d’entrain qu’une présidence, même quand elle se veut normale, ne peut pas grand-chose contre les éléments.

Après avoir été « capable de vaincre » comme il l’a dit lui-même, la pluie et le soleil, le président conquérant a rencontré la foudre. Entre fous rires et incrédulité, les observateurs ne pouvaient à ce stade que souligner l’opiniâtreté d’un homme qui, bravant l’humidité ou changeant d’avion, avait décidé hier de montrer que rien ne l’empêcherait d’être au travail. Hier, la route vers l’Allemagne lui a rappelé que l’exercice du pouvoir était pavé de bonnes intentions mais aussi d’embûches.