En France, une belle et noble leçon de politique

JOELLE MESKENS

mardi 22 mai 2012, 07:41

Tous pourris ! Depuis des années, la rengaine fait des ravages, en France comme ailleurs. Mais si le printemps électoral qui se poursuit outre-Quiévrain avec l'ouverture de la bataille des législatives redonnait enfin à la politique toute sa noblesse ? Il n'est pas interdit de rêver…

Après l'humilité et la simplicité qui ont présidé à la cérémonie d'investiture « normale » de François Hollande la semaine dernière, le courage avec lequel une partie de ses ministres partent aujourd'hui au combat pour tenter de lui assurer la majorité la plus large possible à l'Assemblée nationale dans un mois, force le respect. Tous ne sont pas certains de l'emporter, loin de là. Or en cas de défaite, ils quitteront aussitôt le gouvernement comme le leur a demandé le Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

Le plus bel exemple a le joli visage d'Aurélie Filippetti. Ministre de la Culture et de la Communication, elle foulait ce lundi les marches du Festival de Cannes. Mais cette fille d'un mineur de fond de Lorraine est prête à quitter le tapis rouge pourvu qu'elle décroche la seule palme qui compte à ses yeux : l'onction populaire du suffrage universel. « La légitimité en politique ne tient qu'à cela », répète-t-elle, en acceptant d'imaginer ce que pourrait devenir sa carrière au soir du 17 juin, jour du deuxième tour des législatives. « Je ne serai peut-être plus rien. » Plus rien, non, alors qu'elle se bat depuis des mois pour des idées et qu'elle pourrait se reposer sur la banquette arrière d'une voiture avec chauffeur.

Bien sûr, la gauche n'a rien inventé. Il y a cinq ans, déjà, Alain Juppé, défait à Bordeaux un mois seulement après la victoire de Nicolas Sarkozy à la présidentielle, avait rendu avec classe et dignité son poste pourtant hautement convoité de numéro deux du gouvernement.

Ces exemples viennent rappeler que les politiques ne sont pas des nantis, propulsés par le seul bon vouloir des partis et exerçant leur mandat pour satisfaire leurs propres intérêts ou leur appétence pour les lambris dorés de la République. Ce sont aussi des hommes – et de plus en plus souvent des femmes – qui engagent leur vie, dans le plus beau sens du terme. Avec l'idéal de servir leur pays et au risque de desservir leur propre vie.