La Belgique, ce bon élève si riche
PIERRE-HENRI THOMAS
samedi 26 mai 2012, 07:17
PIERRE-HENRI THOMAS
samedi 26 mai 2012, 07:17
La vie dans les marchés n’est pas comme dans les romans de la Comtesse de Ségur. La vertu n’est pas toujours récompensée.
Aujourd’hui on se réjouit, à bon droit, de la baisse spectaculaire du taux belge. Moins de 3 %, on n’avait pratiquement jamais vu cela.
C’est une excellente nouvelle pour l’Etat, qui se finance moins cher, et une sorte de consécration : notre pays qui était menacé voici quelques mois encore de faire partie des « parias », relégués aux côtés du Portugal, de l’Irlande… est rentré dans le club des pays forts, de ceux qui ne craignent pas la crise.
Mais pourquoi ? Certes, nous disposons enfin d’un gouvernement, qui a pris des mesures d’austérité. Une vacance du pouvoir et un dérapage budgétaire auraient été très mal perçus.
Certes, nous collons économiquement à l’Allemagne.
Mais pourquoi des pays qui sont des modèles de vertus et de rigueur, qui appliquent à la lettre les programmes d’austérité draconiens qui leur sont imposés, continuent-ils, eux, d’être à ce point stigmatisés ? L’Irlande depuis trois ans se coupe bras et jambes pour respecter les lignes de force tracées par le FMI et la Commission. L’Espagne sabre et sabre encore dans ses dépenses. Le Portugal se voit félicité par l’Europe pour ses réformes. Or, aujourd’hui, pour emprunter à dix ans, l’Espagne doit payer 6,3 %, l’Irlande 8,2 %, le Portugal 12,2 %… On s’en souvient, la Belgique aussi affichait un moment un taux à 10 ans de plus de 6 %. C’était en novembre. Mais si la pression est retombée rapidement, ce n’est pas uniquement parce que nous avons juré-craché de réduire notre déficit. C’est aussi parce qu’Yves Leterme a lancé alors son fameux appel à l’épargne. En quelques jours, l’Etat a récolté plus de 5 milliards. Le pays a alors montré ses muscles. Il a dit au marché : vous pouvez toujours venir… Oui, nous avons une dette publique de près de 100 % du PIB, mais avec leurs
225 milliards sur les livrets d’épargne, les ménages belges peuvent sans problème subvenir aux besoins de l’Etat.
Pour sauver la zone euro, aujourd’hui, la vertu seule ne suffit pas. Il faut la richesse. C’est pour cela que la croissance doit revenir, rapidement, à l’agenda européen.