Le symbole Eden Hazard

CHRISTOPHE BERTI

mercredi 30 mai 2012, 06:21

Cinq cent mille euros net par mois. La Belgique s'est réveillée mardi en apprenant le montant du salaire qu'Eden Hazard va percevoir à Chelsea, champion d'Europe en titre. Soit près de 400 fois le montant du salaire minimum de notre pays ! Un chiffre qui a évidemment provoqué moult commentaires, parfois populistes.

En soi, ce salaire est pourtant presque « normal » dans le monde actuel du sport-business : Hazard est l'un des grands espoirs du foot mondial, les grands clubs se l'arrachent et « l'argent fou » fait le reste.

Mais dans la période de crise que l'on traverse, en plein débat sur le salaire des top-managers et sur la situation de la Grèce, de l'Espagne et de l'euro, ce demi-million mensuel brûle comme une gifle pour tous ceux qui se lèvent chaque matin en se demandant comment ils vont boucler le mois. Avec, en outre, le côté obscur du président de Chelsea, l'oligarque Roman Abramovitch, qui ne fait qu'augmenter l'indécence de l'opération.

Que ce soit clair : Hazard, lui, n'est coupable de rien. Il excelle dans un sport hautement rémunérateur (personne ne mérite un tel salaire en soi et aucun footballeur ne devrait gagner plus qu'un médecin, mais la vie est ainsi faite depuis des lustres), il porte haut le blason de la Belgique et, quelque part, il est un exemple de promotion sociale par le sport. Hazard doit cet argent et cette reconnaissance à ses dons, mais son statut d'icône lui enjoint désormais de véhiculer non de l'arrogance mais des valeurs.

Cependant, la morale de l'histoire, s'il y en a une, c'est que le système du football est vicié, sans décence, sans règles. Le football est une bulle, un milieu autiste au modèle économique branlant, où l'on croit que tout est permis et où le cynisme a pris le pas sur les valeurs sportives.

Le problème, ce n'est évidemment pas Hazard, mais c'est le manque de règles, de transparence, de bon sens qui pourrait conduire le sport roi vers sa perte si, tôt ou tard, on ne met pas un frein à la folie et la dérégulation.

L'UEFA, on le sait, lance l'idée du « fair-play financier » pour tenter d'assainir quelque peu un milieu où l'argent utilise la passion des supporters et s'en moque. Elle a beaucoup de pain sur la planche.