Intégration : pitié, ne ratons pas ce débat !

BEATRICE DELVAUX

samedi 02 juin 2012, 09:02

Éditorialiste en chef

Peut-on partir des faits ? La Belgique a voté une loi qui interdit « le port de tout vêtement cachant totalement ou de manière partielle le visage ». Le vote à la Chambre a été obtenu par une majorité écrasante de 129 voix pour, une contre et deux abstentions.

Autrement dit : en Belgique, il est interdit de porter le niqab ou la burqa. Même ceux qui trouvent que la loi aurait pu être votée de manière moins précipitée, comme Edouard Delruelle, directeur du Centre pour l’égalité des chances, sont d’avis que ce voile intégral est néfaste, nuit aux droits humains et n’a pas sa place dans la société contemporaine.

Donc lorsque la police l’a interpellée, Nathalie, porteuse du niqab, contrevenait à la loi belge et devait se soumettre au contrôle tel que prévu par la loi de son pays ou du pays qui l’accueille, et devait être verbalisée. A ce stade des informations, la police a fait son travail, en exécution d’une décision prise par le monde politique, au nom de la société belge.

C’est à cela que sert la politique : considérer l’état d’une question, en débattre et prendre les mesures qui s’imposent. Cela vaut pour ce qui touche à l’intégration aussi.

Y a-t-il ou non échec des politiques d’intégration ? La question ne vient pas que d’un parti politique de droite, elle vit dans la population belge depuis des mois. Le débat sur ce sujet, devenu si sensible, si caricaturé et souvent confisqué voire interdit, mérite mieux que d’être expédié lors d’une joute électorale. Les politiques prendront la parole ce week-end. Qu’ils fassent vraiment très attention de ne pas donner le spectacle lamentable des sorties récentes de MM. Moureaux et Reynders. Nous l’avions dit à l’époque : cette problématique mérite mieux que le mépris pour ceux qui posent des questions légitimes, ou les « blagues » de mauvais goût de ceux qui veulent gagner des voix par le poujadisme. Elle mérite aussi que des représentants progressistes des communautés concernées se mouillent pour ne pas laisser toute la place aux extrémistes, style Sharia4Belgium.

Les habitants de Bruxelles en général, mais en particulier les 50 % de jeunes chômeurs, ont besoin qu’on fasse avancer l’intégration en ayant des constats objectifs, en proposant des solutions (le contrat d’intégration ?), en offrant des perspectives économiques. Ils ne sont pas qu’un troupeau d’électeurs à convaincre.