Oyez, oyez, Wallons et Bruxellois !

BEATRICE DELVAUX

mercredi 06 juin 2012, 09:33

éditorialiste en chef

Vous vous rappelez ce fameux moment où Flamands contre francophones ont voté en commission de la Chambre ? Où que nous soyons alors, nous avons tremblé. Un collègue qui avait tout vu de la politique belge, nous a glissé à l'oreille, devant cette télé que nous regardions fascinés et horrifiés : « Retenez ce jour, c'est le début de la fin du pays. »

Car ce vote, Nord contre Sud, ne portait pas sur BHV, cet arrondissement électoral et judiciaire d'une importance dont on voit aujourd'hui qu'elle était toute relative. Non, ce qui se jouait était bien plus profond et durable : c'était cette idée, pour la Flandre, qu'il fallait aller plus loin et marquer de manière plus nette ces fameuses différences linguistiques, mais aussi économiques que le Nord trouve de plus en plus incompatibles avec sa gouvernance.

Il ne faut pas s'étonner que BHV soit scindé hier dans l'indifférence générale. A l'exception d'Elio Di Rupo qui a fait de l'unité du pays son destin, et de Wouter Beke qui a joué la survie de son parti sur ce coup-là. BHV n'est plus l'enjeu. Et l'unité du pays ne se joue déjà plus sur le travail que le gouvernement Papillon est en train d'accomplir.

Un vrai travail, Di Rupo a raison de s'emporter : mais que veulent-ils tous ! Il est en train, en quelques mois, avec les partis embarqués courageusement dans l'aventure, de tenter de rattraper tout le temps perdu sur les réformes institutionnelles, économiques et sociétales. Il nous fait les économies nécessaires, travaille à la compétitivité,

réforme le chômage, défend même comme Premier ministre francophone, l'écoute que l'on doit à la majorité flamande du pays.

Il sera statufié, mais on sent bien que ce n'est plus là que cela se joue. Le plat suivant s'annonce, et il rime avec un nouveau saut pour ce pays. La N-VA prépare son menu.

Si elle fait un mégascore en 2014 – mais ce sera peut-être déjà plié aux communales en octobre –, il sera question de confédéralisme. Et pour De Wever, qui ne s'en cache quasi plus, de lâcher Bruxelles.

Le corps de Di Rupo ne suffira plus cette fois à amortir le choc. Wallons, Bruxellois, entendez-vous le vent du boulet ? Etes-vous prêts ? Il vaudrait mieux. Car il vous faut d'urgence vous préparer un destin.