L'illisibilité suicidaire d'une crise

BEATRICE DELVAUX

vendredi 08 juin 2012, 07:28

éditorialiste en chef

L'Allemagne en route vers l'union politique européenne ? C'est du moins, depuis hier, ce qu'elle prétend.

Angela Merkel a surpris avec cette soudaine déclaration qui invite à l'abandon, pas à pas, par les Etats membres de compétences à l'Europe.

La prudence s'impose face à ces déclarations, qui succèdent à une pression exercée par les partenaires extérieurs de l'Europe (Etats-Unis en pointe) extrêmement inquiets pour eux-mêmes, de l'ampleur de la crise européenne mais aussi de l'incapacité apparente de ceux qui la gèrent à la résoudre. Obama, comme tous les citoyens européens, attend un plan immédiat de résolution de la crise, visant cette fois l'Espagne mais aussi, plus globalement, un déminage de la bombe bancaire ; 2) une stratégie de long terme visant à assurer l'existence forte d'une monnaie unique.

La seule stratégie de long

terme réelle aujourd'hui est l'instauration d'une union budgétaire qui force à une convergence des politiques économiques. Une union bancaire a désormais aussi une chance d'être réalisée par étapes. La mutualisation d'une partie des dettes n'est pas exclue.

Mme Merkel est-elle vraiment prête à aller plus loin, dans

la voie de l'union politique ?

Rejoignant ainsi Herman Van Rompuy qui ne cesse de déclarer ces derniers jours que la crise de l'euro débouchera sur plus d'Europe ? Et donnant raison au camp des Verhofstadt qui se « réjouissent » de l'aggravation de la crise, seule manière de pousser les plus réticents à poser les gestes menant vers une intégration plus poussée ? Il n'y a pas de réponse à ce stade. L'illisibilité de la crise européenne, l'embrouillamini des solutions envisagées et des positions des protagonistes accroissent, par effet miroir, les angoisses des citoyens comme des grands de ce monde. Et il faudra plus que ces déclarations allemandes sibyllines pour convaincre les différentes populations européennes des vertus d'une union politique. Ils auront tendance spontanément à la rejeter tant elle a fini par leur faire peur. Cette intégration poussée n'a de chance de réussir que si elle arrive comme une véritable solution et non comme un énième saut dans le vide, au bout de tous ces mois.