« Pas en notre nom »

BEATRICE DELVAUX

lundi 11 juin 2012, 09:00

éditorialiste en chef

Inciter à la haine, pousser à l’émeute, appeler à la guerre sainte : « Ceux qui le font, ne le font pas en notre nom. » Cette déclaration, venue ce week-end de différents pans de la communauté musulmane belge, flamande ou francophone, est à saluer avec force. Elle est cruciale.

Face aux voix extrémistes, réduites peut-être en nombre, mais dangereuses et exerçant une manipulation voire une fascination sur les esprits les plus faibles, des pairs écoutés et respectés peuvent avoir un impact déterminant.

Parmi toutes ces paroles, une portait plus que d’autres, celle de la sœur de la policière poignardée : « Nous sommes musulmans. Mais on n’a rien à voir avec ce genre d’individus. Il n’a rien à voir avec l’islam. Pour ce genre de gens, nous sommes de mauvais musulmans. » La parole des imams belges est aussi à distinguer. Ils se sont prononcés pour condamner la violence, insister sur la non-représentativité de ces groupuscules, la nécessité de poursuivre quiconque incite à la haine et enjoindre aux musulmans de Belgique de respecter la loi belge, qui interdit notamment le port du niqab. C’est clair. Mais les imams ne peuvent être érigés en uniques interlocuteurs. Ils sont importants mais, comme le soulignait la chef de groupe Ecolo au Sénat Zakia Khattabi, dans nos colonnes : « Dans les années 90, après les émeutes à Forest, les politiques ont dit aux imams : “Occupez-vous de vos jeunes.” Quelle erreur ! Vingt ans après, la seule identité qu’on leur a assignée est leur appartenance religieuse ! »

Les jeunes musulmans, jeunes Arabes de Belgique, ou jeunes Belges d’origine arabe ont besoin de représentants et d’interlocuteurs issus de leur communauté ou proches d’elle qui évoluent dans la sphère culturelle, sociale et politique.

On n’attend pas de ces élus qu’ils fassent dans le communautarisme – les partis doivent d’ailleurs être irréprochables dans le choix de ces profils. Mais qu’ils osent un discours visible, non centré sur la dénonciation des amalgames, mais sur l’affirmation d’un possible hors des frustrations et des stigmatisations.