Vite, un ministre du bien-être et du bonheur !

RICARDO GUTIERREZ

mardi 12 juin 2012, 07:15

Mauvaise nouvelle (une de plus, comme si ça ne suffisait pas)… Le ministre du Bien-être et du Bonheur national n’est toujours pas désigné. A lire les plombants constats du premier thermomètre des Belges, on y aurait pourtant vu une évidente priorité.

Curieusement, personne n’en parle. Ou si peu.

Comme si le mal-être ambiant allait de soi, en somme. Une déprime « normale ». Une asthénie banalisée.

Non. Il n’est pas « normal » que six jeunes sur dix vivent dans la crainte de se retrouver au chômage.

Non. Il n’est pas « normal » que près d’un chômeur sur quatre soit en état pathologique de dépression.

Non. Il n’est pas « normal » que près d’une mère seule sur deux vive dans l’inquiétude de voir ses enfants se suicider.

Non. Il n’est pas « normal » que plus d’une femme sur dix ait tenté de mettre fin à ses jours.

Notre « prise de température » est crue, rêche, dérangeante. Elle aura peut-être la vertu d’ouvrir les yeux des décideurs politiques sur une réalité qu’ils refusent de voir, tant elle traduit les limites de leurs bons offices.

L’autre grande vertu de ce premier « thermomètre des Belges » est de ne pas en rester aux constats.

Des décisions urgentes s’imposent. En l’absence d’un ministre du Bien-être, commençons par améliorer l’accessibilité aux soins psychologiques : il faut davantage de centres de bien-être mental, dans les quartiers ; il faut former les généralistes, trop souvent réduits au rôle de prescripteurs de psychotropes, à la prise en charge psychosociale ; il faut mieux rembourser les consultations de psychothérapie… Le bien-être psychologique n’est pas un luxe. Il est vital. Les gens qui souffrent de dépression ou d’anxiété ne sont ni des faibles ni des simulateurs. Ils méritent d’être soutenus, soignés. La vraie priorité est là.

Gloser sur l’intégration des primo-arrivants, c’est bien. Tout faire pour endiguer le phénomène (ultramarginal, en Europe) des attentats islamistes, c’est bien aussi.

Mais ouvrir les yeux sur le mal-être qui accable quotidiennement 2 à 3 millions de citoyens du Royaume, ce serait beaucoup mieux encore.

Là est le véritable défi d’une société du vivre-ensemble.