Préservons la sérénité de la Justice

JUREK KUCZKIEWICZ

mercredi 13 juin 2012, 07:12

Rédacteur en chef adjoint

L'ampleur des remous et de la polémique suscitée par Fouad Belkacem depuis quinze jours est décidément inversement proportionnelle au poids que représentent ce monsieur et ses quelques affidés dans la communauté musulmane de Belgique.

La provocation organisée à Molenbeek (l'affaire du niqab), l'appel à la haine et à la violence posté sur YouTube – suivi, selon toute vraisemblance, par un illuminé monté de Paris pour agresser des policiers –, cela a suffi pour donner l'impression à un certain nombre de citoyens que c'est la stabilité de notre société, voire de notre Etat, qui est mise en danger.

Le caractère précipité de certaines réactions politiques, mêlant soudain l'exigence d'une meilleure exécution des peines aux appels à la déchéance de nationalité et au durcissement des conditions de son obtention, a donné crédit au sentiment populaire que « la société est en danger » plutôt qu'elles n'ont rassuré quant à la bonne gestion de la situation.

A l'heure qu'il est, Fouad Belkacem est sous les verrous. Il ne l'est pas pour une condamnation à six mois de prison, une peine qui n'est plus exécutée en vertu d'une circulaire ministérielle de 2005. Il ne l'est pas davantage pour une condamnation récente à deux ans de prison, dont un ferme, contre laquelle il s'est pourvu en appel. M. Belkacem est en détention préventive du fait de son inculpation jeudi dernier pour incitation à la haine et à la violence (la vidéo sur YouTube).

Il est donc en prison et, pour beaucoup sans doute, il y est à sa place... Pourtant, dès le moment où cette décision judiciaire est intervenue après un appel en ce sens, tout à fait inhabituel et au demeurant pas très habile, de la ministre de la Justice, s'élève le spectre d'une justice à la carte : Fouad Belkacem a fait l'objet d'un traitement dogmatique de la loi, qui n'est pas d'ordinaire réservé à des prévenus pour des faits matériels souvent plus graves.

La lutte contre les manifestations violentes du radicalisme religieux, qui cherche à mettre en cause notre système de valeurs, a tout à perdre dans le recours à des mesures d'exception, qui seraient la négation d'un système judiciaire qui se veut démocratique et impartial.

Laissons d'abord la justice faire son travail en toute sérénité, et ne donnons pas à penser que le moindre délit d'un hurluberlu ou d'un fou furieux, suffit à remettre en cause notre système judiciaire.