Au secours ! la France ne tient qu'à un tweet !

JOELLE MESKENS

jeudi 14 juin 2012, 10:38

François Hollande a donc fait sonner la fin de la partie. Son Premier ministre Jean-Marc Ayrault, tel un improbable « médiateur familial », s'est chargé de délivrer le message : « Que chacun reste à sa place ! », a-t-il arbitré en sommant, à mots à peine couverts, la première dame de maîtriser ses humeurs sur les réseaux sociaux. Puisse le Premier ministre français être entendu ! Le tweet de Valérie Trierweiler, disant à travers son soutien à Olivier Falorni toute sa haine envers Ségolène Royal, rappelle les pires moments de l'ère Sarkozy. Quand un SMS – « Si tu reviens, j'annule tout » – éclipsait tous les débats politiques de l'heure. Bien sûr, les hommes et les femmes politiques sont d'abord et avant tout des hommes et des femmes tout court. Le combat public lui-même, où les coups pleuvent plus souvent que les encouragements, peut provoquer des blessures que trahissent parfois des larmes impossibles à contenir les soirs de défaite. Ségolène Royal, comme Martine Aubry, pour ne citer qu'elles, en ont versé. Mais quelle indécence à déballer devant 64 millions de Français abasourdis les aigreurs d'une vie amoureuse passée ! Avaient-ils besoin d'être pris à témoin, ces huit millions de gens vivant sous le seuil de

pauvreté ? N'avaient-ils rien d'autre à entendre de plus encourageant, les trois millions de chômeurs que compte l'Hexagone ? Au-delà des frontières, ce sulfureux Vaudeville n'est pas plus rassurant. Quand Royal et Falorni en découdront dimanche à La Rochelle sous l'œil attentif de la première dame du pays, les Grecs s'exprimeront au même moment lors d'un scrutin déterminant pour la zone euro. On n'ose imaginer que l'esprit du président français – qui veut autant compter en Europe qu'Angela Merkel – vagabonde en Charente plutôt qu'à Athènes. Lorsqu'il participera aux travaux du G20, le lendemain, au Mexique, aura-t-il l'œil rivé sur son téléphone portable pour s'assurer que la Toile ne s'enflamme pas ? Et la paix des ménages sera-t-elle revenue pour le sommet européen, à Bruxelles, à la fin du mois ? La

crise prête moins que jamais à sourire de ce déballage. Puissent les électeurs français se prononcer dimanche avec plus de distance et de maturité. Car la majorité dont disposera – ou non – leur président déterminera rien moins que l'avenir de la France et pèsera sur celui du continent.