L'Egypte à l'heure de la restauration

BAUDOUIN LOOS

samedi 16 juin 2012, 11:04

Tout se passe comme si les Egyptiens assistaient ces derniers jours à la mise en œuvre d'un plan destiné à oblitérer la révolution de l'hiver 2011. L'armée avait alors choisi de sacrifier Hosni Moubarak. Un symbole, un fusible, devait sauter. Une junte, le Conseil suprême des forces armées, avait pris le pouvoir, en promettant d'accompagner la démocratisation.

Mais lors des élections législatives de fin 2011, les Egyptiens avaient largement fait confiance aux islamistes, lesquels avaient participé à la révolution, sans en être l'âme. Ces derniers mois, alors qu'approchait un scrutin présidentiel capital, la sécurité des personnes et des biens s'était fortement dégradée. On ne comptait plus les vols, enlèvements, agressions, alors que la police tournait visiblement le dos à ses devoirs.

Résultat : Ahmad Chafiq, le candidat proche de l'armée, s'est qualifié pour le face-à-face final de ce week-end après une campagne sur le thème du retour à l'ordre. Selon de nombreux témoins, des irrégularités ont apporté à ce candidat un surplus de voix.

Mais sa propre qualification comme candidat restait douteuse. La Haute Cour constitutionnelle devait se prononcer. Ce qu'elle fit jeudi : la loi qui aurait dû l'empêcher de concourir a été annulée. La même Cour a également décidé que, telles que tenues, les législatives de 2011 étaient illicites et qu'il fallait donc dissoudre ce parlement. Trois jours plus tôt, comme par hasard, la police militaire et les services de renseignement se voyaient accorder les mêmes pouvoirs que la PJ lorsque des civils sont soupçonnés d'infractions en relation avec la sécurité nationale et le maintien de l'ordre. Comme au bon vieux temps de l'état d'urgence à peine aboli !

Si l'on ajoute que les plus hauts responsables de la répression ainsi que des dizaines de policiers poursuivis pour meurtres ont tous été acquittés ces derniers mois,

le compte est bon : la révolution est terminée. La junte militaire cumule désormais tous les pouvoirs. Quel que soit le président qui sortira des urnes – curieusement, le candidat des Frères musulmans ne s'est pas retiré, ce qui suscite bien des spéculations sur un accord secret avec l'armée – l'Egypte est entrée dans une ère post-révolutionnaire aux allures de restauration.