Le temps des intellectuels responsables

BEATRICE DELVAUX

mardi 26 juin 2012, 06:36

Éditorialiste en chef

Il suffisait hier de jeter un œil sur les informations qui s'affichaient simultanément pour que l'angoisse remonte : Chypre qui demande une aide d'urgence à l'Europe pour ses banques, l'Espagne qui dépose officiellement sa propre demande d'aide et le ministre des Finances qui craque rien qu'à l'idée de s'atteler à la situation de son pays. Il y a de quoi se sentir abandonnés.

Une vraie bonne nouvelle dans cet océan de catastrophes est la mobilisation intellectuelle qui grandit ces derniers mois. Après quelques économistes épars, tels des tireurs isolés façon Stiglitz, Krugman ou De Grauwe, surgissent des initiatives groupées et qui se veulent constructives. Pas des plans sur la comète irréalistes, pas des pré-programmes électoraux pour intellectuels en mal d'ascenseur social mais des suggestions pour transformer ce système économique qui ne tourne pas rond.

Ainsi en est-il par exemple, de « Scrivere il futuro », « Ecrire le futur » un grand remue-méninges en public orchestré par le quotidien La Repubblica durant quatre jours en ce mois de juin sur toutes les places de Bologne autour des Baricco, Eco, Saviano, Bertolucci ou encore de Thomas Sargent, le Prix Nobel d'économie 2011. Ou encore de la pétition « Roosevelt 2012 », qui à l'initiative des Larrouturou, Hessel et Morin, a le mérite d'offrir une épure économique qui se veut jouable et offre un think tank alternatif aux pensées dominantes mises en échec.

Forcer à la réforme, aux mutations en se mouillant, en proposant des pistes, c'est à mettre au crédit de ces intellectuels qui prennent leurs responsabilités à la manière des initiatives telles que le « Re-Bel » qui visaient à nourrir par des académiques du nord et du sud, une réflexion scientifique sur la Belgique ; ou encore de l'« Appel des 72 » qui, en 1988, incitait – déjà ! – à prendre des mesures pour réduire le chômage des non-qualifiés et l'endettement public.

Pour paraphraser André Sapir en conclusion du 19e Congrès des économistes de langue française, il est de la responsabilité des économistes, « de montrer par nos analyses ce que sont les défis et les choix auxquels notre société est confrontée. Il est de la responsabilité des politiques d'écouter ces analyses, d'en tirer les conséquences et de proposer à nos citoyens des solutions qui dépassent le temps court mais peuvent nous projeter à nouveau dans un temps long fait de croissance, de stabilité et de progrès social. »