Touche pas à mon tabou

BEATRICE DELVAUX

vendredi 29 juin 2012, 10:56

éditorialiste en chef

Ne tirez pas sur la Banque nationale car elle ne fait que son travail : étudier et recommander. Prendre ses responsabilités : c'est ce qu'on demande aujourd'hui à chacun dans une situation européenne extrêmement périlleuse. La BNB n'est pas là pour dire ce qui fait plaisir à l'un ou à l'autre mais ce qu'elle pense devoir dire. Elle l'a déjà fait dans le passé, mettant en garde contre les déficits publics excessifs ou l'insuffisance de financement des pensions.

Elle a alors prêché dans le

désert mais elle n'a rien à se reprocher : ce sont les politiques qui ont pris la responsabilité de ne pas la suivre.

Son rapport n'est de plus pas celui d'un seul homme mais celui d'un comité de direction, comprenant des sociaux-chrétiens, des libéraux et.... des socialistes. Il évoque la nécessité d'adaptations structurelles, donne des pistes et les porte à la discussion. Libre alors de s'en emparer ou pas, de le suivre ou pas.

Faut-il modifier la formation des salaires en Belgique ? Comment conserver la compétitivité de la Belgique? Notre situation n'est pas la pire d'Europe, elle est même pour l'instant l'une des meilleures. Mais ce serait ridicule de penser que nous, petit pays dans un continent vieillissant, n'ayons rien à réformer, adapter, mettre en phase avec les nouvelles donnes du monde.

Tabou. C'est le mot brandi aujourd'hui dans tous les coins de l'Europe. Chacun a le sien, s'y accroche et ne bouge pas d'un pas ou seulement si l'autre bouge. Les Allemands refusent de céder quoi que ce soit au nom de la solidarité, les Français refusent de céder un pouce de leur souveraineté et les Grecs de faire payer leurs privilégiés.

Chacun a le droit d'avoir

des priorités, de refuser d'en changer. Mais il ne faudra pas s'étonner qu'on n'arrive au final à rien et que le système implose. Car si la zone euro explose – c'est plus que jamais possible – et que l'Union européenne dans la foulée se délite, il faudra avoir l'honnêteté de reconnaître que ce ne sera pas le fait du hasard et qu'on l'aura voulu.

Ce sera dû à ce manque de conviction de tous qui fait qu'on n'aura pas eu, au moment où il le fallait, le courage, l'envie, la volonté, la créativité pour trouver les modalités afin de continuer à faire route commune. Si arracher la solidarité aux Allemands ne vaut pas que la France renonce à une parcelle de souveraineté (et vice versa), c'est que l'Europe n'est plus un projet. Il faudra gérer les conséquences des actes qu'on (n')aura (pas) posés. Cela vaut pour l'Europe comme pour la Belgique.