Ils ont fait le premier pas

BEATRICE DELVAUX

samedi 30 juin 2012, 09:25

Éditorialiste en chef

On ne va pas bouder son plaisir. Il sera peut-être de courte durée, il est peut-être naïf mais nous ne pouvons être de mauvaise foi après tant de critiques sur la manière dont l'Europe a géré la crise. Le sommet qui s'est clôturé vendredi a engrangé des résultats positifs. Après des mois à ne parler que d'austérité, à réduire l'action à une limitation de la contagion, à concentrer le poids de l'effort et de la damnation sur la seule Grèce, on en est arrivé finalement à un plan d'attaque multi-angles. Il veille à apporter des réponses de fond, potentiellement durables, aux problèmes dantesques qui siphonnent l'Union européenne.

Une recapitalisation directe des banques par les fonds européens, le développement d'une institution européenne chargée de la surveillance bancaire, une intervention possible de ces fonds pour faire baisser les taux d'intérêt, un pacte de croissance : il y a là des choses susceptibles d'endiguer un calvaire de longue durée. Reste juste à libérer la BCE…

Attention cependant. Il y a « là de quoi » mais en germe seulement. En raison, primo, de la légèreté des moyens engagés (le pacte de croissance recycle des mesures déjà décidées et engage un montant total assez restreint) ; secundo, de la complexité des mécanismes gérant l'intervention de ces fonds sollicités ; tertio, de la lenteur de la mise en œuvre des solutions indispensables pour rendre le plan opérationnel.

Il reste aussi à faire ce qu'on a dit, à tout faire en tout cas pour que cela se réalise. Hier, les dirigeants européens ont, contrairement à ce qu'on pouvait craindre, transcendé leurs tabous pour aboutir à un paquet de mesures qui font sens, servant à la fois la solidarité, la relance et la rigueur. Il ne faudrait pas qu'on découvre dans quelques semaines qu'on est ici dans un habillage politique ou un leurre à destination des marchés. La transformation de l'Europe vers plus de fédéralisme et de mutualisation est potentiellement enclenchée mais elle demande pour être crédible, d'être le fruit d'une réelle conviction, d'un passage à l'acte et non d'un marché de dupes.

Comme le disait vendredi Guy Verhofstadt, également positif sur l'issue du sommet, les dirigeants ont fait un pas en avant, ils se sont acheté du temps, pas la paix. Il ne faudrait pas qu'ils gaspillent ce répit, comme tant de fois auparavant, en ne transformant pas l'essai marqué à Bruxelles. Ils doivent illico embrayer, bétonner, amplifier.