Les vertus élémentaires

BEATRICE DELVAUX

jeudi 05 juillet 2012, 10:33

éditorialiste en chef

BEH comme Brout, Englert et Higgs. Deux Belges et un Ecossais ont identifié par déduction, le chaînon manquant de la structure fondamentale de la matière. Validée aujourd’hui, leur découverte est considérée comme la plus importante depuis un demi-siècle dans le domaine de la physique, cette science qui a pour objectif « de rendre moins complexe l’apparent désordre du monde et de tenter de l’ordonner ».

Ce moment historique rend toute sa dimension et redit toute l’importance de la recherche fondamentale. Ceux qui la pratiquent ne savent souvent pas vers quoi elle les mène, mais le temps qui passe nous a prouvé que ces chercheurs anonymes, passionnés, investis dans la complexité et l’obscurité, balisent les ressorts de notre univers et donc de nos vies. Ce moment récompense aussi l’engagement de ceux qui, chez nous, ont cru et misé financièrement dès sa fondation dans le Cern (comme dans l’ESA). A l’heure des coupes budgétaires, il faut s’empêcher de larguer, comme l’Espagne l’envisage ou le Royaume-Uni l’a fait, ce qui paraît superflu et nous est en fait, le Boson nous le rappelle, essentiel.

Ce moment redémontre aussi à quel point la Belgique est une terre fertile en scientifiques de génie. Si Englert et Brout sont Prix Nobel, ils s’inscriront dans la tradition des Bordet, Prigogine, De Duve, Claude, etc. mais aussi dans la nouvelle génération des Blanpain, (cellules souches et cancer) Van Broeckoven (alzheimer) ou Vanderhaegen (cerveau).

En des temps où beaucoup ne jurent plus que par la superficialité des choses, leur utilité immédiate et leur rentabilité garantie, ce Boson nous rappelle les vertus fondamentales qui mènent, elles, au progrès et à l’émancipation des hommes : vertu de la liberté (de chercher sans entraves idéologiques), vertu du temps, vertu de la connaissance et de la collaboration (entre individus et communautés). François Englert confiait mercredi à La Libre ce qui le rendait au fond vraiment heureux dans cette découverte « signée » par 10.000 chercheurs de 50 nationalités différentes : « Cela me donne l’impression que de temps en temps, il y a quelque chose dans la nature humaine qui ne participe pas au désastre collectif vers quoi nous semblons parfois aller. Il faudrait donner le prix Nobel de la Paix au Cern. Au-delà du développement technologique extraordinaire réalisé, c’est l’image de ce rassemblement de l’humanité qui est formidable. »