Rappelez-vous : il y a un an, nous tremblions
BEATRICE DELVAUX
vendredi 13 juillet 2012, 07:24
BEATRICE DELVAUX
vendredi 13 juillet 2012, 07:24
Il y a quelques mois, les Belges, Flamands et francophones tremblaient. Trois bombes menaçaient leur futur. L’une s’appelait « BHV », trois lettres pour désigner l’arrondissement électoral et judiciaire de la mort, ce périmètre dans lequel il ne faisait plus bon se mouvoir sous peine de guerre des peuples.
La deuxième répondait au prénom de « spread ». Sous cette appellation barbare qui dictait désormais notre terrifiant quotidien, se cachait la différence entre nos taux d’intérêt et ceux de l’Allemagne. S’agrandissant dangereusement, il nous faisait passer soudain, au pire de l’an 2011, dans le cercle des vertueux disparus. Le troisième péril avait pour nom « socialiste francophone », plus communément appelé « Di Rupo ». La perspective que ce concept qui dominait la Wallonie s’étende à tout le pays sous la forme d’un Premier ministre, faisait craindre à certains la décadence, le laxisme, bref l’enfer wallon promis au paradis flamand.
En ce vendredi 13, nous ne pouvons que constater que les Belges ont vaincu la triple malédiction : 1) le vilain BHV qui résistait aux lames flamandes depuis 50 ans, est scindé ; 2) le « spread » qui s’engraissait de nos déficits budgétaires mais surtout de nos crises politiques à rallonges, a fondu de moitié en quelques mois. Le taux des obligations belges à 10 ans affichait hier 2,6 %, soit le plus bas depuis 1993 lorsque Bloomberg a commencé à collecter les données ; 3) Di Rupo, l’homme au terrifiant papillon, est Premier ministre et hier, comme en pied de nez à ceux qui voulaient le pendre haut et court pour laxisme, il s’est mis en première ligne au Parlement pour défendre la politique d’asile de Maggie De Block et l’expulsion d’un jeune Afghan qui – c’est le monde à l’envers – met la Flandre en émoi. Et pourtant ce matin, il n’y aura ni fête ni farandole dans les rangs belges, en particulier flamands, plombés par les critiques et le travail de sape du parti nationaliste du nord du pays. On voit bien que l’histoire du pays et sa déconstruction sont loin d’être écrites. Mais en ce jour de vote de BHV, il nous semblerait juste de saluer ceux qui au Nord et au Sud, ont pris de difficiles responsabilités, scellant un compromis qui a doté le pays d’un gouvernement alors qu’une partie de l’Europe coule par le fond. Cela ne nous fait pas
une solution durable, mais soyons honnêtes en ce vendredi 13 de vote « historique », en nous rappelant qu’il n’y a pas si longtemps, on n’en demandait pas tant.