Courageux et Responsable. Respect !

BEATRICE DELVAUX

mardi 17 juillet 2012, 06:32

éditorialiste en chef

La vague de fond qui traverse le monde et les commentateurs politiques flamands est impressionnante. Avec la même force et la même conviction que celles avec lesquelles ils ont dénoncé l’immobilisme des francophones face aux demandes flamandes de scission de BHV et de réforme de l’Etat, ils montent aujourd’hui au créneau pour dénoncer la dérive de la N-VA, la toute-puissance arrogante de son leader et le danger que postulent selon eux, son éventuelle arrivée au pouvoir et son accueil en masse, et sans réel filtre, de membres du Vlaams Belang, le parti d’extrême droite.

Ces hommes et ces analystes politiques du Nord, de plus en plus nombreux et clairs, mettent en garde contre une prise de pouvoir qui – ils en sont désormais persuadés – a pour seul but de mettre fin à la Belgique. Et peu importent, soulignent-ils, le chaos et la perte de bien-être que ce projet obsessionnel et égocentrique d’un parti, la N-VA et d’un homme, Bart De Wever, provoquera pour le pays et pour la Flandre.

Pour nombre d’intervenants en Flandre, comme la socialiste Freya Vanden Bossche et les Open VLD Patrick Dewael et Marleen Vanderpoorten, au nom d’un des leurs, mort à Bergen Belsen, l’« adoption » de membres de premier plan du Vlaams Belang amène à la N-VA « non seulement eux-mêmes mais leurs sympathisants et leurs idées ».

On nous dira que le calcul de ces partis, acculés électoralement par l’hyperpuissance et l’hyperséduction de Bart De Wever sur l’âme flamande, est leur seule motivation. A les lire, à les entendre, c’est très loin d’être le cas. Ils ont vraiment peur. Et veulent agir tant qu’il en est encore temps pour éviter la catastrophe qui s’annonce.

Leur situation est très compliquée. Leur dilemme est total. Soit ils ne dénoncent rien et regardent la cote de Bart De Wever grimper inexorablement sans que les électeurs soient conscientisés sur la finalité réelle de sa prise de pouvoir. Soit ils dénoncent, mettent en garde et risquent de faire tout autant grossir un électorat chauffé par un De Wever placé dans sa position favorite, celle de la victime et du Calimero.

Ils ont pourtant pris le risque de ne pas se taire. Ils ont mis du temps à comprendre ce que les francophones dénoncent depuis des mois ? C’est secondaire. Car l’attitude de ces partis, de ces hommes politiques, de ces commentateurs et de ces journalistes qui font leur travail d’investigation sur la N-VA (ce qui nous plaît) comme ils l’ont fait sur les problématiques francophones (ce qui nous plaisait moins), mérite juste le respect. C’est courageux. C’est fort. C’est responsable. Chapeau bas !