La Belgique, chambre forte de l’Europe

PIERRE-HENRI THOMAS

mercredi 18 juillet 2012, 06:50

Notre pays est entré ce mardi dans le club très fermé des pays qui empruntent à des taux négatifs. Autrement dit, la Belgique est un tel refuge que les investisseurs paient pour pouvoir placer leur argent dans des titres de l’Etat, à l’image de ces rentiers qui louent des coffres-forts pour y placer leurs économies.

Pourquoi sommes-nous considérés comme une des rares chambres fortes de l’Europe ? Pour trois raisons. Un, parce que notre économie est arrimée à l’économie allemande qui est la seule à connaître encore une véritable croissance.

Deux, parce que notre pays est un des rares à avoir réussi à dégonfler sa dette de manière substantielle ces

vingt dernières années. Trois, parce que nous sommes les champions de l’épargne. Nous avons la capacité de venir au secours de l’Etat d’un claquement de doigt. On l’a vu en novembre, lorsque les marchés ont spéculé contre nous et que nos taux à 10 ans ont dépassé un moment les 6 %, Yves Leterme a lancé son appel et en quelques jours, l’agence de la dette a récolté plus de 5 milliards. Et nos taux se sont dégonflés. Nous sommes un pays contre lequel la spéculation se casse les dents.

Pourtant, faut-il se réjouir ? Non. Car c’est le signe qu’il y a quelque chose de pourri dans l’eurozone. Si des investisseurs acceptent de ne pas recevoir de rémunération sur leurs dépôts, c’est que l’on a atteint un tel degré de défiance que c’en est très inquiétant : les banques préfèrent perdre de l’argent plutôt que prendre le risque de placer leur surplus dans une autre banque. Pourquoi ? Parce qu’elles intègrent la possibilité d’un éclatement de la zone euro. Les derniers propos de responsables européens, telle la chancelière allemande Angela Merkel, sont catastrophiques. Ils témoignent du manque complet de solidarité : les Etats fautifs et ceux qui investissent chez eux doivent payer. Point. En conséquence, les investisseurs qui ont de l’euro dans leur portefeuille se précipitent dans des sanctuaires pour mettre leurs dépôts en sécurité.

On ajoutera une seconde raison pour laquelle il convient de ne pas se réjouir de cette baisse des taux : c’est qu’elle déstabilise certains acteurs financiers. Elle met en très grande difficulté des assureurs ou des fonds de pension qui se sont engagés à livrer à leurs clients des rendements garantis. Bref, ces taux négatifs, à bien y regarder, ne constituent pas une bonne nouvelle. Ils sont le signe d’une grave maladie, contre laquelle on ne voit pas de remède immédiat.