Superviolent, le retour : bientôt dans nos salles ?

ALAIN LALLEMAND

lundi 23 juillet 2012, 07:14

L'Amérique a la gâchette facile et la mémoire aussi saccadée qu'un semi-automatique, aussi courte qu'un canon scié. Douze morts à Aurora ? Il s'agissait de la tuerie la plus importante survenue aux Etats-Unis depuis… deux jours. Pour mémoire (car à ce rythme, le lecteur européen n'arrive plus à s'offusquer en cadence) ce mardi 17 juillet, un homme abattait 17 personnes dans un bar de Tuscaloosa. Et, tout comme James Holmes, avec une arme d'assaut.

C'est dire si le problème est connu : une indépendance nationale gagnée au mousquet ; en conséquence un second amendement tabou inscrit dans la Constitution.

Et surtout, depuis lors, d'énormes lacunes dans le dispositif de contrôle des ventes d'armes aux particuliers.

A la fois tout un symbole et, derrière ce symbole, un simple problème de paperasse : pas vraiment porteur, politiquement. Mais c'est grâce à ces failles de sécurité, des failles toutes simples, que les cartels mexicains s'approvisionnent légalement en armes en Arizona et tuent des agents US avec des armes US. Alors, qu'attend l'Amérique ?

L'ampleur scandaleuse de ce cancer américain est telle que la société est prise à la gorge, qu'elle ne parvient plus à crier et s'étouffe sous les métastases. Les lobbies anti-armes américains ne se battent même plus pour désarmer ces 45 % de la population qui détiennent à eux seuls 250 millions d'armes. Ils se battent pour obtenir que les armes d'assaut ne puissent plus être vendues à des civils ! Pour que les armes personnelles soient interdites dans les carlingues d'avions et aéroports. Pour que les armes soient interdites d'accès dans les jardins d'enfants ! Et pour que les suspects épinglés sur les listes terroristes se voient interdire d'acheter des armes. Oui, vous avez bien lu. Une autre pour la route ? Un projet de loi visant à interdire la vente aux particuliers d'armes d'assaut capables de tirer cent coups sans recharger a été rejeté par le Congrès.

Nous pouvons continuer à nous gausser ainsi de l'Amérique, mais à une condition : être bien certain que cette culture de violence ordinaire ne nous contamine pas.

Car imaginez la scène : un tireur isolé, hyper-armé – armes de poing et armes de guerre, voire des milliers de cartouches et pièces d'armes – gagne un promontoire public, disons place Saint-Lambert à Liège, et tue un, deux, cinq passants, peut-être un nouveau-né. Cela s'est déjà passé, me dites-vous ? Ah… Fichtre, l'Amérique a bien changé : auparavant, elle nous montrait notre futur.