La mèche de la bombe Dexia brûle encore

PIERRE-HENRI THOMAS

jeudi 26 juillet 2012, 07:06

L'attention focalisée par la Grèce, l'Italie ou l'Espagne, on en viendrait à oublier que le dossier qui, aujourd'hui, menace le plus directement nos finances publiques est encore et toujours celui de Dexia. Pour s'en convaincre, il suffit de se rappeler que les garanties octroyées par la Belgique au groupe bancaire franco-belge devraient, intérêt compris, s'élever à 57 milliards d'euros, soit plus de 15 % du PIB. Alors que les sommes que nous avons prêtées aux pays européens en difficulté s'élèvent à environ 1,2 % du PIB. Le risque Dexia pèse donc douze fois plus.

Karel De Boeck, qui va prendre la semaine prochaine la succession de Pierre Mariani, aura donc pour tâche principale de faire en sorte que jamais, au grand jamais, on ne doive activer ces garanties. Un cauchemar qui n'est pas si irréel que cela : qui aurait dit voici deux ans que l'immobilisme européen pousserait l'Espagne dans une situation proche de la faillite ou la Grèce, à nouveau, vers la porte de sortie de la zone euro ?

Pourquoi comparer les problèmes de financement de Madrid ou Athènes avec ceux du leader déchu du financement des pouvoirs publics ? Parce que la manière de (mal) traiter ces deux lourds dossiers est très semblable.

Des deux côtés, voilà des Etats tiraillés entre leurs intérêts particuliers et l'intérêt général. Pourquoi exiger de la Grèce ou de Dexia de payer pour l'aide reçue des intérêts qu'ils n'ont pas la capacité de payer ? Des deux côtés, on laisse pourrir une situation, qui, s'aggravant chaque jour, risque de finalement coûter beaucoup plus cher au contribuable que si on avait agi immédiatement avec force.

Des deux côtés, les autorités européennes ajoutent une couche d'incertitude supplémentaire parce qu'elles donnent l'impression de ne pas avoir pris la mesure de la gravité de la crise.

Que le cas de Dexia soit traité encore aujourd'hui par l'Europe comme, essentiellement, un problème de concurrence est incompréhensible. Le sujet n'est pas que Dexia risque de faire de la concurrence déloyale aux autres banques grâce aux aides d'État : la banque n'a plus d'activité et ses actionnaires sont ruinés ! Le vrai sujet est qu'il existe un monstre vacillant pesant encore 400 milliards d'euros au bilan et portant encore pour 1.000 milliards d'euros de produits dérivés, pour lequel il faut tout faire pour qu'il ne tombe pas en faillite et ne provoque pas une crise systémique. Tant que l'on n'aura pas compris cela, la bombe Dexia ne sera pas désamorcée.